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Fight Club N°1 - On aime ceux qui nous font du mal [Solo]

Edgar
Ligue M
Edgar
Pouvoir : Pouvoir des 9 queues
Points de Puissance : 24 300 points
Points de Réputation : 32 100 points
Messages : 160
Localisation : Horror Park
Fight Club N°1 - On aime ceux qui nous font du mal [Solo] Mar 21 Aoû - 23:26

— À tout à l'heure, Isma. Fais de beaux rêves !

Edgar ferma la porte, sans se soucier d'écouter la réplique d'Ismaël. Quelques minutes plus tard, il dévalait les escaliers sans être gêné par le poids de son énorme sac de sport. Il préférait être en avance qu'avoir à courir après le bus ; l'entraîneur de boxe ne tolérait pas les retards.

Depuis que lui et Ismaël vivaient en colocation, la boxe était devenue un sujet sensible. L'amateur de jeux-vidéos ne supportait pas qu'Edgar laisse traîner ses affaires de sport après l'entraînement.

En effet, souvent trop crevé pour faire une lessive, le jeune homme laissait ses chaussures, chaussettes et toutes les autres armes bactériologiques traîner un peu partout dans l'appart ou sur le balcon.

— En plus, c'est pas comme si ça te servait à grand chose. T'entraîner dans le monde réel ne va pas entraîner ton corps à Dreamland ! lui disait souvent Ismaël.

Cela entraînait une séance de concours de bites qui pouvait assez souvent ressembler au dialogue suivant :

— Qu'est-ce que t'en sais, t'as réalisé une étude sur le sujet ?
— Bah non mais ça semble logique. Regarde, ici je suis une crevette mais là-bas je peux te tuer d'une pichenette...
— Et moi, je peux réapparaître avec une nouvelle queue et te briser toutes les dents.
— Avec juste une queue de plus ? Faut pas prendre tes rêves pour des réalités, sans mauvais jeux de mots !
— Une queue ou trois, quelle différence ?

Bien entendu, Edgar ne gaspillerait jamais plusieurs vies pour des raisons d'ego et Ismaël le savait bien. Si le jeune homme s'était remis à la boxe, c'était surtout parce qu'il aimait bien ça. C'était un sport où il travaillait son cardio, son placement, sa résistance à prendre des coups, son endurance, sa vitesse, son équilibre, sa précision, sa stratégie et même sa puissance. Un sport plutôt complet, qui satisfaisait Edgar comme une amante de longue date.

Edgar aimait toujours le rugby et se languissait tout de même du contact du terrain, du jeu d'équipe et des stratégies collectives, du ballon, des matchs serrés dont personne ne voit la fin, des troisièmes mi-temps où, parfois, les deux équipes oubliaient leurs différends, les coups bas lors de la mêlée et s'en tapaient cinq entre deux pintes. Mais il avait dû laisser le rugby de côté, le temps de trouver un job étudiant et d'avoir les moyens de payer plusieurs licences de sport.

Bon, les troisième mi-temps lui manquaient mais Edgar les pratiquait sans alcool. Ses camarades le considéraient comme un musulman praticant, sans connaître les vrais raisons de cette abstinence. En fait, le jeune homme n'avait plus bu une goutte d'alcool depuis l'accident qui avait tué ses parents. C'était un sujet qu'il n'abordait pas facilement, même avec Ismaël qui était pourtant la personne qui l'avait ramassé à la petite cuillère.

Edgar n'avait pas été le seul à traverser cette épreuve difficile. Son jeune frère, Adam, avait également tout perdu ce jour-là. Après qu'Adam ait été placé dans une famille d'accueil – la situation d'Edgar étant trop instable pour qu'il puisse devenir responsable légal de son frère, surtout avec leurs antécédents judiciaires à eux deux – il n'avait eu que peu de nouvelles de l'ado. Et c'était toujours lui qui faisait le premier pas. Bref, c'était pas la belle entente fraternelle que le Voyageur félin aurait aimé avoir.

La boxe, et le sport en général, lui permettaient de se défouler de tout ça. Quand il poussait son corps jusqu'à ses limites, il finissait par rentrer, se doucher et s'écrouler sur son lit, épuisé. Puis il se retrouvait à Dreamland, plein d'énergie et prêt à assumer ses responsabilités de protecteur d'Horror Park.

— Aujourd'hui, c'est Bastien qui va se charger de l'entraînement. Je veux que vous l'écoutiez comme si c'était moi. Les règles sont les mêmes que d'habitude : pas de blabla, on reste concentré. Si l'un de vous se trompe, tout le monde fait des pompes pendant que Bastien réexplique la consigne. À la semaine prochaine, bonne séance ! déclara l'entraîneur de boxe, un quinquagénaire ventripotent aux bras gros comme des cuisses.

Le bruit courait que c'était un ancien militaire qui s'était reconverti dans la boxe. Si c'était faux, il avait le mérite d'être très directif et d'attendre de ses élèves une discipline exemplaire.

Edgar serrait les dents. C'était le seul aspect qu'il n'appréciait pas dans la boxe : l'obsession du coach pour une sorte de protocole quasi-militaire. Il avait signé pour intégrer un club de boxe, pas la Légion Etrangère. Toutefois, l'entraînement avait le mérite d'être solide. Il était dur, chiant, parfois humiliant mais les hommes qui l'entouraient étaient des guerriers, capables de donner et de recevoir des coups pendant plusieurs minutes sur un ring, avec la sueur qui brûle les yeux et l'impression que bouger une jambe est aussi difficile que de déplacer une montagne.

Pourtant, à Dreamland, un grand nombre d'entre-eux n'étaient que des proies pour les créatures cauchemars. Et s'il y avait des Voyageurs, Edgar n'était pas au courant. C'était la preuve qu'on pouvait être un combattant au-dessus de la moyenne dans un monde et une loque dans un autre.

* Je ne veux pas être une loque à Dreamland ! Isma a raison, je dois laisser Horror Park de côté pour une nuit ou deux et m'entraîner ! * pensa Edgar alors que son poing ganté franchissait la garde de son sparring partner et frappait sa joue, mettant à mal son protège-dents.

♥️ Nuit du 19 Avril 2018 ♦️ Royaume des chats ♣️ Félinia ♠️

Les rues de Félinia n'avaient pas changé depuis qu'Edgar avait quitté son royaume de naissance. Il y avait toujours les chariots où des chats cuistots faisaient rôtir toutes sortes de poissons et d'oiseaux, les étals où trônaient des artefacts aussi clinquants que communs et les petites enseignes où l'on pouvait boire un lait frais entre deux achats.

Un endroit où l'expression "ça m'a coûté un bras" devenait réalité pour quelques Voyageurs. Et où la milice, composée de félins humanoïdes de tous les sexes, veillait à ce que les marchands ou les marchandises restent à leur place. Parfois, cependant, elle fermait les yeux. C'était le cas de cet homme-lion qui discutait avec une chatte laitière tandis qu'un marchand chat siamois volait dans les airs.

Edgar avait assisté à la scène. Le chat avait tenté de refiler un soi-disant oeuf de dragon, qui s'était avéré n'être qu'un simple oeuf d'autruche cauchemar, peint en vert. Le Voyageur avait posé ses mains sur l'oeuf et ce dernier avait éclo, dévoilant la supercherie. Enervé, il avait ensuite posé la main sur son bras qui s'était mis à grandir de manière démesuré, puis avait envoyé un solide uppercut au chat siamois.

L'homme-lion avait également vu la scène mais avait poursuivi sa discussion. Pour avoir discuté avec l'un d'entre-eux, Edgar avait l'impression qu'ils étaient plutôt fiers et avaient un profond respect pour l'honneur. Leur aversion pour les coups bas et les arnaques en faisaient les ennemis des marchands de camelote et ces derniers évitaient de s'installer à proximité d'eux. En cas d'ennui avec des Voyageurs, les roublards n'étaient pas toujours protégés. Certains se retrouvaient même dans les geôles de la capitale lorsqu'ils étaient pris en flagrand délit.

— Bien le bonjour, mon brave. Que diriez-vous d'acheter ce splendide cendrier magique pour seulement 35 EV. Lorque vous y versez des cendres, des dragons apparaissent sur son enveloppe et se mettent à danser. Rien de tel pour épater la galerie !
— Désolé, je ne fume plus.

Edgar détourna son regard du vieux chat gris qui brandissait un cendrier noir tout ce qu'il y a de plus banal et put voir à quel coin de rue le Voyageur au bras énorme avait disparu.

— Ce n'est pas grave, vous pouvez vous en servir pour y mettre des olives ! J'ai ici un stock d'olives fraiches du Royaume de l'Apéro, idéal pour vos cocktails, il se reremplira à chacune de vos...
— Monsieur, je ne sais pas comment vous le dire mais je ne suis pas intéressé. Je ne suis pas venu ici pour faire mes courses.
— Et vous êtes venu faire quoi, alors ? demanda le marchand, d'un air suspicieux.

Il remarqua alors les deux queues d'Edgar, qui étaient plus voyantes que ses crocs ou ses yeux de félins.

— Ah, vous faites partie de ces Voyageurs félins qui tentent de rendre visite au roi afin de lui prêter allégeance ? Je suis désolé de vous le dire mais il risque de ne pas être intéressé.

Il se pencha en avant et se mit à parler à voix basse.

— Le roi n'est pas très soucieux du sort des Voyageurs issus de ce royaume, ou même de ses sujets. Ne l'oubliez pas.

Edgar n'avait pas vraiment envie de discuter politique avec un chat qu'il ne connaissait ni d'Adam, ni d'Eve. Surtout lorsque celui-ci parlait avec un air conspirateur.

— Euh ouais, euh c'est sympa. Mais je ne suis pas non plus venu ici pour ça. Au revoir monsieur !

Il s'éloigna rapidement, sur les traces du gars qui s'était fait arnaquer. Il n'était pas certain que le Voyageur avait tourné à ce coin de rue et n'arrivait pas à le trouver ; il maudit intérieurement le vieux chat. Ce n'était pas vraiment de sa faute mais le vieux lui avait tapé la causette au mauvais moment. On croisait pas un Voyageur qui s'intéressait aux oeufs de dragon tous les jours !

— Attrapé ! gueula la voix d'Ismaël à l'oreille d'Edgar.

Le Voyageur venait de l'attraper violemment par l'épaule. Edgar faillit faire un arrêt cardiaque et flanqua un coup de poing dans l'épaule de son ami. Dans la réalité, il évitait ce genre de frappe amicale pour pas lui faire de mal. Mais à Dreamland, il pouvait se lâcher.

— Je sais que je t'obsède mais c'est pas un peu étrange de s'endormir en pensant à son colloc' ?
— Mec, tu m'as annoncé que t'allais t'entraîner à Dreamland, t'as vraiment cru que j'allais rater ça ? Du coup, tu vas faire quoi, aller voir ton seigneur ? Il paraît que les Lords ici sont assez badass, si t'arrive à décrocher un entraînement ou un truc du genre, y a moyen que tu deviennes aussi puissant que moi à 25% de mes capacités.

Edgar laissa Ismaël parler dans le vide. Se lancer dans un concours de bites avec lui pouvait durer longtemps, très longtemps. C'était le genre de mecs qui ne manquait ni d'esprit, ni d'argument.

— Oh con de toi, me snobe pas ! Tu sais que je déteste ça !

Sauf peut-être quand on l'ignorait. C'était sans doute sa kryptonite.

— Bon, pour rien te cacher, je suis sur la trace d'un Voyageur qui a l'air assez badass. À la base, j'étais venu pour rencontrer les Lords, à la recherche d'un éventuel entraîneur. Mais plus j'entends parler du roi, plus j'ai l'impression que je ne suis rien pour ce royaume.

Ismaël lui tapa amicalement dans le dos.

— Bof, tu sais, mon seigneur n'en avait vraiment rien à foutre de moi. Et je pense pas que cela ait beaucoup changé aujourd'hui. Elle m'a testé, a vu que j'avais un potentiel et qu'elle pouvait éventuellement m'utiliser pour accomplir ses projets. Notre relation s'arrête là, je suppose.
— Je sais pas comment tu fais... Honnêtement, je pourrais pas bosser pour quelqu'un dont je ne connais pas les ambitions et qui se sert de moi comme d'un instrument. Je préfère faire ce que j'estime être bien à ma façon et selon mes propres règles.
— C'est drôle, tu viens de dire deux fois la même chose ! Mais après, t'as toujours été trop bon trop con, Edgar. Sans offense, hein ! Alors que moi, je me prends moins la tête. Elle m'entraîne, me donne des objectifs, des missions à accomplir. Bref, c'est tout ce que j'attends d'un bon jeu : voir mon personnage devenir plus puissant, vivre des aventures, avoir des objectifs, des objets à trouver, des mecs à défoncer. La différence avec un jeu-vidéo, c'est que c'est beaucoup plus réaliste et que j'ai une marge de manoeuvre impressionnante. Genre, j'peux faire ça !

Il gifla Edgar. Le Voyageur félin en resta bouche bée.

— T'es un peu con des fois, tu le sais ? T'as intérêt à te réveiller avant moi parce que je vais t'attraper par la peau des couilles, te traîner jusqu'à la cuisine et te bombarder de chantilly.
— Non mais c'était pour déconner ! fit Ismaël, qui prenait la menace au sérieux. C'était juste pour illustrer ce que je disais, histoire de montrer qu'on peut faire plus de trucs ici que dans un jeu-vidéo. Genre, on peut même...
— Evite de montrer ton cul, s'il te plaît Isma. Je te crois sur parole.

Ismaël lui servit son regard "T'as pas d'humour, mec !", regard auquel Edgar avait droit assez fréquemment lorsqu'il tempérait les ardeurs de son camarade. Edgar fronça les sourcils et lui fit son regard "Arrête de faire le gosse, t'as plus 15 ans".

Une bataille de regard commençait quand un chat fit son apparition.

Enfin, un chat qui regardait fixement dans leur direction et qui les pointait du doigt, souriant comme un demeuré.

— Putain, mais je suis vraiment trop chanceux ! Je viens à peine de sortir du club et je tombe déjà sur deux combattants d'exception !
— Plaît-il ? fit Edgar.
— Moi peut-être. Mais lui, c'est que de la gonflette ! renchérit Ismaël.

Le félin bondit sur Edgar et se mit à lui palper les muscles, tout en laissant claquer sa langue, d'un air appréciateur.

— Non, non, je suis formel. Y a du muscle forgé à la dure, façon guerrière ! De quoi tenir quelques rounds s'il y a un pouvoir intéressant derrière.

Après s'être laissé avoir par l'effet de surprise, Edgar repoussa sèchement le chat.

— On se connaît pas, tu débarques et tu commences à nous juger et à me tâter de partout. C'est super louche donc calme-toi et présente-toi. C'est quoi cette histoire de club et de round ?

Nouveau coup de langue appréciateur.

— Et il a du tempérament, avec ça ! Ah, j'aime ça ! Bon, j'me présente, je m'appelle Henri... Non mais me coupez pas alors que je suis en train de causer, je vous jure que je m'appelle vraiment Henri ! Bref, je suis à la recherche de nouvelles têtes pour le KFC de Félinia, alias Kitty Fight Club, alias combats épiques à gogo. Si vous aimez les combats, la bravoure, les guerriers, les muscles et la sueur, c'est là-bas qu'il faut aller et je peux vous servir de guide !
— Oh, y a un Fight Club à Félinia ? Mais c'est bonnard, ça ! Je commençais à me lasser d'aller toujours aux mêmes endroits et de toujours voir les mêmes gueules !
— Je vois que monsieur connaît ! J'aime ça, j'offre ma tournée de lait fermenté en arrivant !

Edgar était intrigué par cette histoire de Fight Club. Cela lui rappelait vaguement une phrase random que lui avait sorti Diavolo Mayor, lors de leur rencontre à Babyland. De quoi avait-il parlé ? Il l'avait noté sur son portable, en se réveillant, en se disant que ça lui serait utile. Mais bon, ça faisait un moment et il s'en rappelait plus vraiment. Il devait dire qu'il venait de la part d'un gars au nom chelou en arrivant dans le Fight Club.

— Du coup, tu connais les Fight Club, Isma ?
— Bien sûr que j'connais ! C'est l'endroit idéal pour se foutre sur la gueule entre Voyageurs, on y trouve également des créatures bien badass. S'il y a bien un endroit où on peut se battre sans craindre d'incident diplomatique, c'est bien là !

Edgar réfléchit. Vu sous cet angle, cela pouvait donner un bon entraînement. Pour une fois, il ne se battrait pas afin de protéger d'autres créatures mais pour tester ses limites et obtenir davantage d'expérience. Les enjeux ne seraient donc pas les mêmes et il n'aurait pas à craindre la défaite. Il pourrait donc tester de nouvelles stratégies, sortir de sa zone de confort, affronter des adversaires tous différents les uns des autres, bref c'était le rêve.

Il y avait juste un bémol.

— J'espère juste ce que ce ne sont pas des combats à mort.
— Pas d'inquiétude, valeureux guerriers ! La seule chose qui meurt sur le ring du Fight Club, c'est l'angoisse des pucelles.
— Tant pis pour ton Voyageur badass, Edgar. J'y vais avec ou sans toi !

Edgar n'eut pas besoin de davantage de réflexion. Il fit un large sourire au chat recruteur et lui fit signe d'ouvrir la marche.

— Tu as entendu le nabot ? On te suit.

♥️.♦️.♣️.♠️

Un entrepôt, deux videurs, une bouteille de lait qui roulait sur le sol et un chat racoleur qui courait après pour la rattraper. C'était la première vision qu'Edgar et son compagnon eurent du Kitty Fight Club de Félinia, KFC pour les intimes. Il n'y était pas question d'y manger des pilons de poulet mais plutôt des phalanges, et plus si affinité.

— Si tu nous en ramènes deux de plus, Félix, le patron t'offre un pack de lait Deluxe avec la gamelle qui va bien. Le club est un peu vide, ce soir, déclara l'imposant homme-tigre qui gardait la porte.

Une balafre imposante lui barrait le front, comme si on avait tenté de lui fendre le crâne.

—Y a pas moyen de rentrer cinq minutes à l'intérieur ? J'ai promis à l'un d'eux une chope de lait fermenté !
— Tu veux que je dise au patron que tu picoles pendant le taff ?

Le racoleur s'éloigna, les oreilles basses. Edgar avait observé la scène les bras croisés, plutôt amusé.

— On peut rentrer du coup ? fit Ismaël, qui s'était approché du videur et devait faire un torticolis pour croiser son regard.
— Vous êtes un habitué ou vous êtes nouveau ? Si c'est votre première fois à vous deux, il faut vous trouver un garant.
— Moi j'suis clean, répondit le jeune homme, en montrant une photo à l'homme-tigre. Mais lui, c'est sa première fois.

L'homme-tigre jeta un coup d'oeil à la photo comme s'il s'agissait d'une carte d'identité. On y voyait Ismaël sur un ring, les deux pouces levés, le pied posé sur un viking inconscient. Le videur fit signe à Ismaël d'entrer. Ismaël se tourna vers Edgar avant d'obtempérer.

— Ed', tu veux que je me porte garant pour t...
— Veuillez entrer, monsieur, fit froidement le videur.

L'homme-tigre posa son énorme bras sur l'épaule du nabot, avant de la retirer vivement comme s'il venait de prendre le jus. Ce qui était probablement le cas. L'autre videur, une femme-panthère, sortit les griffes.

— J'suis venu ici pour me battre dans les règles de l'art, ça veut pas dire qu'on peut me toucher en dehors du ring. Je vous respecte, vous me respectez. Je vous touche pas, vous me touchez pas. On est bons ?

Un homme-chat d'un mètre trente apparut derrière les deux videurs. Il applaudit, comme s'il venait d'assister à un spectacle. Il ne payait pas de mine à côté des géants mais les nombreuses cicatrices sur son visage attestaient d'un nombre impressionnant de combat livré. Un costard plutôt classe et ajusté à sa taille lui donnait des airs de patron de discothèque.

— Hahahahahaha ! Excellent, excellent. Moi qui craignais de m'ennuyer ce soir, voici que Sasuke Uchiwa en personne débarque dans mon Fight Club.

— Euh, j'ai changé de blaze. Maintenant c'est Thor Hammer, mon nom de scène. J'en avais marre de voir des otakus m'accuser d'imposture.

Edgar n'en pouvait plus. Il se fendit d'un rire à s'en donner mal aux côtes. Vexé, Ismaël se tourna vers lui.

— Ecoute, Ed', j'étais jeune quand je suis arrivé à Dreamland. Faut pas me juger. En plus, j'avais une technique qui ressemblait aux Mille Ois...
— Y a pas de soucis, Sasuke ! Rentrons dans ce club que je t'aide à venger ta famille ! parvint à déclamer Edgar avant d'être de nouveau pris d'une crise de fou rire.
— Bâtard... Bon, si personne se porte garant pour toi et que tu peux pas rentrer, tu viendras pas pleurer !
— Je ne peux pas te laisser me pistonner, ce n'est pas ainsi que je conçois mon nindo ! Pfffffrrrt... Hahahahahahahahaha

La tête basse, les yeux lançant des éclairs, l'aspirant ninja pénétra d'un pas décidé dans le hangar. Son premier adversaire n'allait pas beaucoup s'amuser.

— Du coup, tu connais un autre de nos membre ? Quelqu'un qui pourrait se porter garant pour toi ?

Si Edgar avait pris le risque de vexer Ismaël, c'est que le nom donné par Diavolo lui était revenu en tête. Il espérait que cela fonctionnerait.

— Je viens de la part de l'Antivirus.
— L'antiquoi ?

L'homme-tigre le regarda, d'un air interloqué mais une patte velue se posa sur sa jambe et l'obligea à reculer d'un mètre. Le petit matou au costard s'approcha d'Edgar et lui passa le bras autour de la taille, trop petit pour atteindre son épaule.

— Alors comme ça, tu connais le Boss ? Tu paies pas de mine, pourtant !fit-il, chaleureusement.
— Pour être honnête, j'ai essayé de me battre avec lui.
— Ah ouais ?
— Il m'a remercié pour le massage...
— Sacré boss ! Il t'a pas copieusement injuré avant de t'appeler un truc du genre JeanLucFaitDuFrisbee ? Il aime bien faire ça aux Voyageurs.
— Je crois que j'aurais dû m'en tenir à "J'viens de la part de l'Antivirus" et fermer ma gueule.

Le nain-chat lui flanqua une tape amicale qui l'envoya par terre.

— Mais non, mais non. Maintenant que tu es rentré, on va voir ce que tu vaux. Bienvenue au Kitty Fight Club !

Edgar se tut, happé par le spectacle qui s'offrait à lui. La seule fois où il avait vu tant de testostérone incarnée, il se trouvait à Fightland, en plein milieu d'un champ de bataille. L'endroit sentait le muscle, le sang et la sueur.

L'intérieur de l'hangar accueillait un immense comptoir, auquel une dizaine de buveurs étaient attablés. La lumière laissait les visages dans la pénombre, traversant des vitraux teintés qui mangeaient la tôle servant de toit au hangar. La partie la plus éclairée était celle à l'arrière du bar : un immense ring de dix mètres de diamètre. De quoi bien s'amuser ! Une sorte de dôme de verre légèrement fissuré englobait le ring et il fallait se baisser pour y pénétrer. A contrario, il n'y avait pas de corde à linge comme dans les rings de boxe. Juste un cercle blanc tracé au sol pour délimiter la zone réservée aux combats.

Quelques serveuses, dévoilant presque autant de chair que les nombreux guerriers torse nu, déambulaient parmi les buveurs afin de proposer nourriture et raffraichissement. Il y a avait de tout, des pièces de viande énormes aux shakers de lait survitaminé, en passant par des bières au lactose et des pelotes de spaghettis à la bolognaise.

Il y avait également des tables basses et des divans, pour ceux qui n'étaient pas fan des comptoirs. Et, point important, personne ne se battait alors que pourtant la tension était à couper au couteau. Les règles, affichées en lettres d'or au-dessus du comptoir, rappelaient qu'il ne pouvait y avoir qu'un combat à la fois, et seulement deux personnes par combat.

Edgar regarda autour de lui et vit que de nombreux regards s'étaient portés sur lui et, surtout, sur ses deux queues. Il se demanda si beaucoup connaissaient le nom de son pouvoir. Vu qu'il se trouvait dans la capitale du royaume dont il tirait ses pouvoirs, il y avait de grandes chances.

Attablé comme les autres au bar, le visage enfoncé dans la capuche de son sweet, Ismaël l'observait. Il n'avait pas apprécié qu'Edgar se moque de lui et noyait sa frustration dans une chope de lait fermenté.

Après avoir remarqué que son accompagnateur l'avait abandonné, Edgar s'approcha du comptoir et commanda la même chose. Puis il s'assit à côté de son ami.

— Alors, on boude toujours ?
— ...
— Tu pourrais faire un effort, Isma', j'ai arrêté de t'appeler Sasuke.
— Tu t'es foutu de ma gueule, faut assumer maintenant.

Edgar le laissa tranquille, un sourire amusé aux lèvres. Il connaissait son pote : Ismaël attendait qu'il lui présente des excuses pour cesser de lui faire la gueule. Mais Edgar avait envie de voir Ismaël se battre à fond. Il n'avait jamais vu le Voyageur de la ligue Major donner tout ce qu'il avait dans un combat et voulait se faire une idée du chemin qu'il lui restait à parcourir.

Une serveuse lui apporta sa chope de lait fermenté et sortit un papier et un stylo.

— Voici ta commande. Quel nom j'annonce pour ton premier combat, joli brun ? demanda la chatte en lui faisant un clin d'oeil.
— Edgar Racka. Merci bien.
— T'as un classement ?
— Je vous avoue que je ne sais pas, je n'y fais pas beaucoup attent....
— Il était N°522 de la ligue Baby la dernière fois que je l'ai cherché, le coupa Ismaël, un sourire moqueur au visage.
— Ouais, je vais plutôt mettre "classement inconnu", ça fait plus vendeur.

Edgar leva sa chope en direction d'Ismaël et trinqua avec lui. Le jeune homme semblait satisfait de lui avoir rappelé son classement de "newbie". Edgar en profita pour lui poser des questions sur les Fight Clubs. Il apprit ainsi qu'Ismaël en avait visité plusieurs : un au royaume des chiens et un dans chaque royaume de la guerre. Comme il s'en doutait, c'était bel et bien Diavolo Mayor qui les avait fondé et Ismaël était jaloux qu'Edgar ait pu le rencontrer.

— Bon, okay, il s'est foutu de ta gueule et t'a traité comme un canasson mais bon... ça reste un membre de la Fratrie Mayor et un seigneur cauchemar. C'est pas tous les Voyageurs qui survivent à ce genre de rencontres... Bon, faut dire que tous les Voyageurs n'ont pas ton pouvoir.

Edgar méditait les paroles de son ami quand les haut-parleurs de la salle crachèrent une voix féminine.

— Salut mes valeureux guerriers ! Ce soir, le sang et la violence se donnent rendez-vous sur le ring afin de vous faire plaisir. Ils ont pour nom Edgar Racka et José El Tigré et ont plusieurs points communs : ce sont tous les deux des Voyageurs de la ligue Baby et c'est la première fois qu'ils mettent les pieds au Kitty Fight Club. Or quelle est la règle pour les nouveaux-venus ?
— SI C'EST TON PREMIER SOIR AU FIGHT CLUB, TU DOIS COMBATTRE ! mugit la foule.
— Bien répondu ! Edgar et José, c'est à vos poings de parler. Mais avant de commencer les festivités, petit rappel des règles : il ne peut n'y avoir que deux combattants et qu'un combat à la fois. Si un combattant perd conscience ou dit "stop", le combat s'arrête. Ici, on ne met en avant que les vrais guerriers, qui prennent autant de coups qu'ils en donnent jusqu'à perdre connaissance. Les assassins et tueurs qui craignent de faire durer le combat sont priés d'aller se faire foutre. Maintenant qu'on en a fini avec le blabla, PLACE AU COMBAT !
— AOUH ! AOUH ! AOUH ! hurla la foule.

Des hommes, torse nu, s'étaient mis debout sur le comptoir et martelaient leurs torses de leurs poings.

Edgar craignait de ne pas leur fournir un spectacle digne de leur enthousiasme. Il s'accroupit afin de passer sous le dôme de verre et pénétra sur le ring. De l'autre côté, José faisait de même.

José El Tigré était un homme dont la tête était dissimulée derrière un masque de catcheur mexicain. Il portait pour seul vêtement un slip orange zébré de noir et son torse dénudé ne dévoilait aucune musculature. Il était mince, presque anorexique, mais marchait comme s'il faisait cent cinquante kilos de muscles. Il leva les baguettes qui lui servaient de bras en l'air, attendant peut-être que la foule l'acclame.

On n'entendait que des murmures dans la salle.

— Ahem. Le combat commence quand vous voulez.
— Qu'est-ce que t'attends, Edgar ? Attaque-le maintenant ! s'écria Ismaël.

Edgar regarda l'être chétif qui lui faisait face. Pouvait-il sérieusement attaquer une créature aussi frêle ? Il craignait qu'une claque ne lui déboite la nuque.

Quant à José, il se mit à faire ses étirements. Il n'avait pas ouvert la bouche depuis le début du combat.

— ON VEUT DU SANG ! COMBATTEZ ! firent une horde de vikings, attablés devant un plateau de bières pasteurisées bleutées.

José leva de nouveau les bras en l'air. Quelques spectacteurs, excédés du manque d'action, se mirent à le huer. Une des jambes du Voyageur se mit à grandir d'un coup et il se retrouva déséquilibré. Il tenta de conserver l'équilibre mais se déporta en direction d'Edgar qui se précipita pour le rattraper.

— Euh, ça va ? Tu veux de l'aide ?
— Ta... Ta... Ta... gueu.... gueu.... gueule ! Co.... co.... co... connard ! bégaya le masqué, de manière agressive.

Il avait une voix fluette, qui allait plutôt bien avec son corps. On aurait dit un ballon qui se dégonflait et ce fut bientôt toute la salle qui se mit à rire.

— Un guerrier, ça ? fit un Voyageur dans le fond, les pieds sur la table. Plutôt un clown !

La serveuse lui flanqua une bourrade derrière la nuque qui l'envoya au tapis.

— On ne se moque pas de ceux qui ont les couilles d'aller sur le ring.

Sur le ring, une scène étrange se produisait. Tandis que les spectateurs riaient et se moquaient, José El Tigré avait grandi, tout comme sa musculature. Il culmina rapidement à trois mètres et, lorsqu'il leva des bras de la taille d'une colonne en l'air, plus personne n'eut envie de rire. Sauf ceux qui focalisèrent leur attention sur le slip tigré, à présent devenu string jaune pisseux;

— À... à.... à...nous... nous...
— deux, acheva Edgar, qui s'en voulut d'avoir pris son adversaire de pitié.

Le bégaiement et la voix fluette, conjugée à ce corps si imposant, eurent raison des spectateurs qui explosèrent de nouveau de rire. Les larmes aux yeux, ceux qui avaient compris l'origine des pouvoirs du Voyageur tentaient de se retenir, sans succès.

José se précipita vers Edgar et tenta de le frapper de son énorme poing mais le Voyageur félin esquiva l'assaut d'un bond rapide, restant à distance. Le poing finit dans le sol, qui fit un vacarme épouvantable mais tint bon.

— Heureusement qu'on a renforcé le sol...

N'ayant pas ri une seule fois, Ismaël soupira et se tourna vers son voisin de comptoir, un Voyageur assez âgé, qui portait des lunettes.

— Putain, mais quel débutant ! Il aurait pu analyser l'accoutrement de son adversaire et en tirer des conclusions... Les Babys dans les Fight Clubs ne sont pas monnaie courante et ont rarement des pouvoirs inutiles en combat ! Il aurait dû en finir dès le début, quand ce José ressemblait encore à une sauterelle !
— Ne t'en fais pas trop pour ton ami. Son adversaire a des muscles impressionnants, certes, mais la qualité est toujours préférable à la quantité.

José s'arrêta de frapper dans tous les sens, lassé de voir Edgar se contenter d'esquiver et de rester hors de portée.

— Vi... Vi... Viens... te... te... te... ba...baba.... battre....si... t..t'es.... un.... ho....homme ! fit-il en moulinant avec ses poings devant lui, dans une piètre imitation d'un boxeur.

Des spectateurs recrachèrent leur lait dans leur chope, ne pouvant retenir leurs rires.

Edgar décida d'exaucer son adversaire. Il fonça sur lui, se baissa au dernier moment pour passer en dessous des énormes bras du monstre et se redressa, prenant appui sur ses jambes pour assener un formidable uppercut à la mâchoire de son adversaire. Il eut l'impression de frapper un mur mais la tête du colosse fut légèrement rejetée en arrière.

Lors de sa course et de ses esquives, Edgar avait réfléchi à un plan. Il pensait avoir compris d'où El Tigré tirait son pouvoir et comment le vaincre. Ce serait risqué, douloureux, mais il ne pouvait pas faire trainer le combat et espérait que la forme géante du Voyageur soit limitée dans le temps. Ce serait manquer de respect à un tel adversaire. Il devait le vaincre alors qu'il était au summum de ses capacités, où il ne mériterait jamais son statut de protecteur d'un royaume.

Les deux énormes mains de José se refermèrent sur les épaules d'Edgar, qu'elles comprimèrent. Concentré sur son attaque et y ayant mis toute sa force, le jeune homme ne pouvait plus esquiver. El Tigré se mit à le broyer.

Les muscles criant au supplice, le Voyageur félin se mit à balancer des coups de pied dans la gigantesque gorge de son adversaire. José était tellement musclé que même cette partie sensible était protégée, mais les coups redoublés d'Edgar finirent par porter leurs fruits : la pomme d'Adam du géant finit par glisser et tomber, comme si elle était coincée jusqu'à présent.

Dans la salle, des cris d'encouragement et des hourras se faisaient entendre. Ils n'étaient pas pour Edgar mais bien pour José, qui écrasait son adversaire sans la moindre pitié. La salle avait trouvé son favori et des cris furent rapidement repris par tous, sauf par un duo de Voyageurs attablés au comptoir.

— JOSE ! EL TIGRE ! JOSE ! EL TIGRE ! JOSE ! EL TIGRE !

Les mains autour des épaules en miettes d'Edgar se mirent à rétrécir. Le géant jeta des regards alarmés vers son assistance.

— A.... A...Arrê.... Arrêtez.... de... de... di... dire... mon... mon nom ! bégaya-t-il d'une voix grave et caverneuse.

Mais sa voix inspirait davantage le respect que le rire, à présent. Sa pomme d'Adam tombée jouait à merveille son rôle de régulateur de timbre. Les acclamations continuèrent, jusqu'à ce que José arrive à peu près au même gabarit qu'Edgar.

— Oups...

Incapable de bouger ses bras, Edgar se pencha en arrière avant d'envoyer son crâne de toutes ses forces dans la tête de José. Il mit ensuite un genou à terre, la tête lui tournant, alors que le masqué tombait en arrière et heurtait violemment le sol.

— José est inconscient. Le vainqueur est Edgar Racka!

Des acclamations se firent entendre, les habitués du coin étant de grands amateurs de retournement de situation.

Des homme-lynx vêtus d'un uniforme blanc évacuèrent José sur une civière. L'un d'eux s'approcha d'Edgar. Les moustaches et son pelage dorés tirant sur le gris semblaient indiquer qu'il était plutôt âgé.

— Vous pouvez encore marcher ? Venez avec nous, je vous prie.

Edgar ne joua pas le brave et obtempéra. Ses épaules et ses bras lui faisaient souffrir le martyre, il ne pouvait pas même ne serait-ce que bouger le petit doigt. Ses os, brisés en plusieurs morceaux, crevaient à certains endroits la chair comme s'ils voulaient prendre l'air. Il saignait abondamment des bras. L'homme-chat d'un certain âge sortit d'une malette de secours des bandages, qu'il trancha avec ses griffes afin de lui faire un garrot aux deux bras, en quelques secondes à peine. Puis, ils reprirent leur marche jusqu'à atteindre l'arrière-salle du bar, qui contenait un dortoir qui sentait fort le désinfectant.

Au loin, Edgar put entendre la serveuse annoncer un combat entre "Zeus Hammer" et un certain Ricky. Il trouva dommage de ne rater le combat, surtout quand les acclamations du public se firent cinq secondes seulement après le début du combat.

— Asseyez-vous et buvez ça.
— C'est quoi ?
— C'est un mélange de concentré d'Actimel, de lait fortifiant et d'essence de vie solidifiée. Rien de tel pour réparer et fortifier les os afin de retaper un combattant avant son prochain combat.

Edgar digéra l'information. Il avait pensé que sa nuit s'achèverait sur ce combat et qu'il pourrait mettre ses compétences à l'épreuve une autre fois.

— Attendez, vous voulez dire que je ne suis pas disqualifié à cause de mes blessures ?
— Non. D'ailleurs, si ce remède pouvait aussi bien marcher sur nous que sur les Voyageurs comme vous, avoir des connaissances poussées en médecine ne serviraient plus à grand chose.

Edgar jubila jusqu'à ce qu'il porte le breuvage à ses lèvres. Le goût était infâme : un mélange entre un lait périmé depuis un moment, du lait concentré sucré et l'arôme métallique du fer. Il dut se faire violence pour parvenir à le boire et faillit s'étouffer en tentant le cul sec. Il n'avait aucune expérience dans la descente de boisson, alcoolisée ou non, et eut du mal à ne pas vomir.

♥️.♦️.♣️.♠️

Lorsqu'Edgar revint dans la grande salle, il eut du mal à reconnaître le ring. Des flaques de sang détrempaient le sol, il y avait également des morceaux de corps qui se dissipaient petit à petit, sous forme de nuages de fumée. Au milieu de l'arène, un Voyageur aux cheveux grisonnants et aux lunettes cerclées d'écaille époussetait son blazer gris, comme s'il était couvert de poussière et non de sang.

Il avait un sourire plutôt aimable aux lèvres et se confondait en excuses. Il finit par quitter le club, de bonne grâce, escorté par le mini homme-chat qui avait reconnu Ismaël. En passant, Edgar l'entendit complimenter le félin miniature sur ses muscles, qui étaient "remarquablement denses et nervurés". Le patron du club ne le remercia pas et sortit ses griffes.

Edgar s'approcha d'Ismaël et lui demanda ce qu'il s'était passé.

— Je crois que le vieux a un peu sous-estimé sa force. Ou alors, il voulait juste réduire en pièces son adversaire. En tout cas, c'était la première fois que je voyais un type exploser.. Je crois que j'ai besoin de regarder des vidéos de chatons.
— Attends, ce type a tué quelqu'un et on le laisse partir comme si de rien n'était ? C'est pas contre les règles du Fight Club ?

Ismaël hocha la tête.

— Si mais regarde, il est disqualifié d'office et a quitté le club sans faire d'histoire. S'il n'avait pas accepté de sortir, ça aurait été une autre histoire.

Edgar soupira. C'était trop simple. Le gars tuait un autre Voyageur, brisait ses rêves et ses espoirs, puis partait en souriant, après avoir présenté des excuses dont la sincérité était à mettre en doute.

— Si tu fais un truc stupide du style te mettre à sa poursuite, je t'assomme. Je te préviens, Ed'.
— On va se mettre d'accord, Isma'. Vu que je considère Dreamland et ses créatures comme aussi réels que le monde réel, les actes que tu fais à Dreamland ont autant d'importance à mes yeux que ceux que tu fais dans le monde réel.
— Euh, tu veux dire quoi par tout ce blabla ?
— Si par tes actions ici tu m'empêches de faire ce que j'estime être juste, voire profite de ta puissance pour me passer à tabac, je te promets de faire de même dans le monde réel. Là-bas, t'auras pas de pouvoir de foudre pour te sauver la mise.

Ismaël déglutit à l'idée de se faire sauter dessus par Edgar. Il savait que son meilleur ami pouvait parfois être mortellement sérieux, et que l'empêcher de suivre ses convictions risquerait de mettre leur amitié en péril. Voire de se faire éclater par un boxeur, rugbyman et bagarreur très expérimenté.  De plus, il connaissait suffisamment Edgar pour savoir que la crainte des répercussions légales n'aurait aucune prise sur lui.

Edgar Racka faisait ce qu'il estimait être juste, pas ce que l'Etat estimait juste. Il prenait ses convictions très à coeur, au point que ça pouvait parfois être flippant.

— Désolé Edgar. Mais justement, si on suit ton raisonnement, ta mort ici serait désastreuse. Tu me diras que tu peux revenir à la vie, mais qui te dit qu'il n'est pas capable de te tuer en boucle ? Je voulais juste te protéger. Maintenant, si ça me vaut de me faire casser la gueule dans le monde réel, c'est clair que je vais m'en abstenir.1
— C'est moi qui te présente des excuses. La situation m'a un peu mis à cran. T'as le droit de voir Dreamland comme un jeu-vidéo, je serais un connard de te contraindre à voir les choses différemment. Surtout par la violence, en te menaçant.

La serveuse posa deux verres devant eux. Edgar et Ismaël en furent étonnés : ils n'avaient rien commandé. La serveuse leur fit un clin d'oeil et indiqua le patron du bar, qui se trouvait à l'extrémité du comptoir.

— Cadeau de la maison. Cela fait longtemps qu'on avait pas vu un peu de bromance, c'est tout mignon, tout puçaxxu. Bon, ça manque un peu de tartes dans la gueule, si vous voulez mon avis.

Edgar renifla son verre. Il avait bu du lait fermenté car la boisson était sans alcool - enfin, c'est ce qu'il avait cru comprendre - mais il se méfiait des verres "offerts". Il perçut un soupçon de banane, d'ananas et un parfum assez fort et alcoolisé.

— C'est l'un de nos cocktails les plus en vogue chez les jeunes Voyageurs, le ManlyTears. Une larme de whisky, de la liqueur de banane et du jus d'ananas.
— Je te file le mien, Isma'. Je ne bois pas d'alcool.
— Tu souhaites rester sobre pour les combats à venir ? J'aime cette mentalité, pour la peine je vais t'apporter du lait frais !

Edgar fila son verre à Ismaël et la regarda s'éloigner, pensif. La serveuse avait de très jolies courbes et il se demanda si les femmes-chattes avaient la même anatomie que... Il se reprit : à la base, il détestait les chats, comment pouvait-il changer de bord aussi facilement ? Bon, okay, celle-ci était carrément super jolie, même avec une tête de chatte, mais quand même...

La serveuse s'approcha du micro pour annoncer le prochain combat, puis remplit un verre de lait qu'elle apporta au Voyageur. Edgar la remercia et se concentra sur le combat en cours, afin de ne pas à la serveuse.

Il opposait Sergio, un cowboy chat qui se battait avec des revolvers et avait promis de ne pas viser de zones létales, et Elvida, une Voyageuse originaire de la Grèce qui n'avait pas de phobie mais qui détenait l'Arc d'Apollon, un artefact de rang A.

Le combat fut très intéressant à observer. Sergio aurait dû avoir l'avantage, grâce à ses revolvers qui tiraient et se rechargaient à une cadence très rapide, mais l'arc de la jeune femme était magique. Elvida fonçait sur le côté afin d'esquiver les tirs de Sergio et décochait des flèches enflammées en direction de Sergio.

Au début, les spectateurs avaient cru qu'elle ne savait pas viser, puisque les flèches ne touchaient jamais le chat. Puis, tout le monde avait compris, surtout Sergio qui ne cherchait plus à viser et se concentrer sur l'esquive et la fuite. Peu à peu, elle avait enfermé le chat derrière des murs de flammes, les flèches continuant de produire une flamme magique même plantées dans le sol. Jusqu'à ce que Sergio finisse par abandonner, alors que la jeune femme tirait de nouvelles flèches pour réduire davantage la taille de sa prison de flammes.

Elvida avait ensuite claqué des doigts et les flèches et les flammes avaient disparu.

Edgar frissonna. Si c'était ça, le pouvoir d'un objet magique de rang A, il n'était pas pressé de se battre contre l'un de ses utilisateurs.

Le combat suivant opposait Caprice, une femme-chatte qui transportait une lance dans son dos, à Gary Madman, un Voyageur.

— Si tu es amené à combattre contre lui, je te conseille de déclarer forfait. C'est un Voyageur Killer dont le pouvoir est d'être morpheur goudron. Son corps a la capacité de devenir solide et froid, ou liquide, collant et brûlant, un enfer pour un combattant au corps à corps. Il tue ses proies principalement en les étouffant, bref c'est un gros taré.
— Ce genre de types me foutent la gerbe. Le monde réel n'est pas assez injuste et triste, ils ont besoin de contaminer nos rêves afin d'assouvir leurs fantasmes de victimes... Je préfère encore les criminels que ces gamins qui pètent les plombs et décident de tuer tout le monde, soit-disant pour se venger.
— Je crois que t'as parlé trop fort, Edgar. Il regarde dans notre direction...

Edgar laissa échapper un sourire qui se voulait carnassier.

— Qu'il se ramène. Je l'embarquerais avec moi dans la mort et je reviendrais pour m'occuper de ses successeurs.
— T'es trop confiant pour un mec de ton gabarit, Ed'. Observe et comprends. La faculté de revivre ne te rend pas invincible.

Le jeune homme redevint sérieux et acquiesça. Ismaël avait raison, il ne pouvait pas se permettre de jouer les gros durs alors qu'il galérait contre des Voyageurs de seconde zone. Il devait apprendre de ce qu'il voyait.

L'arbitre siffla le début du combat et Gary Madman leva les bras en l'air, exposant son flanc.

— Alors, t'attends quoi pour me taquiner de ta lance, ma mignonne ? Si tu trouves la tienne trop petite, viens me rejoindre après le tournoi, j'te prêterai la mienne.

La chatte laissa échapper un rire moqueur, tout en tournant autour du morpheur. Elle marchait d'un pas feutré, la lance levée, comme une lionne acculant une proie.

— Je te connais, Voyageur. J'ai cet avantage-là sur toi, je sais à peu près comment fonctionne ton pouvoir. Tu es persuadé d'être invulnérable et que ma lance va s'engluer en toi. Tu peux brûler, te laisser pénétrer...
— Oh oui, parle-moi de pénétration, bébé...
— ... puis durcir ton corps afin d'immobiliser tes proies.
— Justement, en parlant de durcir mon corps...
— Tu as un pouvoir puissant et tu es confiant, c'est bien. Si j'avais directement tenté de te frapper avec ma lance, sans connaître tes capacités, j'aurais certainement perdu. Ton désir de célébrité a donc causé ta perte.
— C'est bon, t'as fini ? Viens t'engluer dans papa !

Le morpheur tendit les bras en avant, comme pour accueillir la jeune femme dans ses bras. Son corps se mit à transpirer abondamment une substance noirâtre qui le fit doubler de volume, en faisant une sorte de bonhomme Michelin. Il était devenu une sorte de golem de goudron.

Edgar comprenait mieux ce qu'avait voulu dire Ismaël. Contre un morpheur de la trempe de Gary, le jeune homme ne serait pas mort qu'une seule fois. Enfin, c'est ce qu'il présumait.

La chatte sourit puis se mit à faire tourner sa lance comme une majorette. La vitesse d'exécution était impressionnante et une véritable rafale de vent se mit à pousser le morpheur goudron en arrière, la substance visqueuse le recouvrant refluait peu à peu, rendant vulnérable son torse. Gary perdit de son sourire, se jeta hors de la portée de la rafale et produisit davantage de goudron, qu'il durcit cette fois.

Il fonça en direction de la chatte, avec une vitesse plutôt lente mais un sourire carnassier sur le visage. La combattante d'exception refit son tour de majorette mais le goudron ne reflua pas cette fois. Il resta bien solide. La chatte eut un sourire amusé.

Sans s'arrêter afin de bénéficier de l'énergie et la vitesse acquise lors de sa technique de majorette, elle fit passer la lance derrière elle à toute vitesse, tourna sur elle-même et vint frapper le morpheur avec la hampe de sa lance. L'homme, malgré le poids du goudron, fut projeté plusieurs mètres en arrière, une marque rouge et ensanglantée sur le torse. Le goudron qui protégeait son corps avait volé en éclats sous la violence du coup, et se trouvait sur le sol, inerte.

Le voyageur cracha du sang.

— C'est pas possible...
— Comme le disait mon maître, vitesse et force centrifuge font plus que force ni que rage. Je n'ai pas utilisé la lame car je respecte les règles du Fightclub, mais tu ferais bien de traiter les gens avec davantage de respect.

Le morpheur refusa de s'avouer vaincu mais le choc l'avait trop affaibli pour qu'il puisse faire jeu égal avec la jeune femme. Il n'était pas habitué à avoir mal et cela le déconcentrait, le poussait à prendre des risques inconsidérés. Il utilisait plus d'énergie que d'habitude et cela ne lui réussit pas : il finit vidé de son énergie, à devoir abandonner alors que la chatte léchait une de ses pattes, comme si de rien n'était.

Caprice avait gagné.

— Niveau puissance brute, ces deux combattants étaient à peu près du même niveau. Je dirais même que Gary avait l'avantage. Mais l'expérience est essentielle lors d'un combat, et tu en manques cruellement. Enfin, à Dreamland du moins.

Edgar ne répondit pas, concentré sur les combats à venir. Le prochain combat opposait Jean de Vegas, N°985 de la ligue B comme il l'annonça haut et fort, à Kyo, un Voyageur bien connu d'Ismaël, qui avait déjà vaincu le contrôleur de foudre par le passé.

— Ce Jean n'a aucune chance. Kyo m'affrontera certainement en finale et je vais tout faire pour gagner, cette fois-ci.

Le nouveau venu de la Baby, un adolescent maigre au visage dissimulé derrière des lunettes et quelques boutons, ne faisait pas grande impression. Pourtant, il souriait comme s'il savait quelque chose que tout le monde ignorait.

— Désolé que tu tombes sur moi dès le premier combat, mais l'aventure s'arrête là pour toi, déclara calmement le briscard de la ligue M.

L'ado ne répondit pas et ils se serrèrent la main. Ils reprirent ensuite leur position, Kyo semblant d'un coup bien moins sûr de lui. Jean avait-il une poigne de malade ou l'un de ces légendaires bras du dragon ?

L'arbitre, un homme-chat qui avait remplacé la serveuse, siffla le début du combat.

— J'abandonne, fit Kyo, la tête basse.

La foule se mit à huer le Voyageur de la ligue M. Il releva la tête et dévisagea furieusement les spectateurs les plus démonstratifs.

— Y a pas d'honneur à combattre un gars aussi frêle, je participerai au tournoi une autre fois. S'il y en a un que ça dérange, on peut règler ça devant le club.

Les guerriers avinés continuèrent de le huer, sans se soucier que Kyo puisse être plus fort qu'eux. Ici, chacun avait sa propre paire de couilles, généralement grosse et posée à côté des choppes. Surtout Caprice.

On déclara Jean vainqueur et le jeune Voyageur quitta le ring avec un sourire satisfait sur le visage.

— Je vais monter un max dans le classement ! put-on l'entendre marmonner, une lueur malsaine dans le regard.

Le combat d'après fut une sorte d'apologie des shonens nekketsu. Il opposait un invocateur d'araignées à un Voyageur insensible à la douleur, et le gars insensible à la douleur finit par vaincre son adversaire, malgré les nombreuses morsures d'araignées reçues, mais tomba dans les pommes au même moment que l'invocateur. L'arbitre semblait partagé, il était question de déclarer les deux combattants comme perdants ex-aequo, mais un anonyme déclara que les invocateurs étaient tous des tapettes qui se cachaient derrière leurs invocations.

S'ensuivit alors un débat sur une éventuelle infraction aux règles du Fightclub (celle du combat en un contre un), puisque l'invocateur combattait à cent contre un. Un viking monta même sur le ring pour tenter de tuer l'invocateur d'un coup de hache, et fut défenestré par l'arbitre avant de parvenir à ses fins.

Edgar regarda le remplaçant de la serveuse avec un respect nouveau.

L'ultime juge du match finit par trancher. C'était l'indolore qui avait remporté le combat et il pourrait affronter Jean au match suivant sous réserve d'être remis sur pied d'ici là.

Les quarts de finale du tournoi commençait et une chanson guerrière fut reprise par de nombreuses gorges. On se mit à taper du poing sur la table, à réclamer des serveuses plus jolies et moins farouches, à trinquer avec son voisin. Les perdants étaient de la fête et attendaient avec impatience de voir jusqu'où iraient leurs Némésis.

Quant à Edgar, il s'était levé, prêt à se rendre sur le ring.

— Donne tout ce que t'as mais ne t'en veux pas si tu perds, Ed', lui conseilla Ismaël.
— Euh... Ben, merci, mec. C'est très encourageant et motivant, vraiment !
— C'est normal, frère !
— J'étais ironique.
— Bah, nique-toi alors.

♦️.♥️.♣️.♠️

Diego. C'était le nom du Voyageur qu'Edgar devait affronter. Le morpheur aux deux queues n'avait pas vu son combat, alors que son vis-à-vis avait pu observer le sien. Il partait donc avec un léger désavantage.

L'arbitre les invita à se serrer la main et Edgar saisit celle offerte par Diego. Il eut la main broyée.

— Salut, frère de royaume. Alors comme ça, t'as peur des chats ? Je vais être fair-play avec toi et te révéler mon pouvoir : j'ai peur des lions. Que le meilleur des Voyageurs félins gagne !
— Enchanté, Diego. Tu m'enlèves les mots de la bouche.

Ils s'éloignèrent tous deux et Edgar examina davantage son adversaire. Même s'ils s'étaient affrontés dans le monde réel, le boxeur aurait eu des doutes sur ses chances de victoire. Son adversaire était grand, avait une musculature fine et sèche et une le regardait droit dans les yeux, sans ciller. Il avait une épaisse tignasse de cheveux frisés qui lui retombait sur les épaules et n'avait qu'un short de boxe pour tout vêtement.

L'arbitre donna un coup de sifflet. Le combat pouvait commencer.

— Viens, on se fout sur la gueule sans nos pouvoirs, dans un premier temps.

Edgar acquiesça et s'approcha de Diego, les poings levés au niveau de son menton. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas pataté à Dreamland contre un adversaire qui n'utilisait pas son pouvoir.


Dernière édition par Edgar le Ven 7 Sep - 21:45, édité 2 fois
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Edgar
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Re: Fight Club N°1 - On aime ceux qui nous font du mal [Solo] Mar 21 Aoû - 23:35

Diego s'avança et tenta de porter un violent coup de poing dans le torse d'Edgar, y mettant une grande partie de sa force. Edgar baissa sa garde pour bloquer le coup, grimaça en sentant ses os prendre cher puis se déporta sur le côté afin de porter un direct du gauche au visage de son adversaire.

Diego recula d'un bond, l'attaque le frôlant. Il adressa un sourire carnassier à Edgar puis se jeta en avant. Edgar recula légèrement en sautillant tout en lui décochant une rapide série de coups de poings assez lourds, mais la garde de Diego était levée au niveau du visage et le protégeait. Quelques coups passèrent toutefois, meurtrissant ses joues et ses tempes.

Edgar monta sa garde, incapable de lire dans les intentions de son adversaire. Il se préparait à défendre son visage, se méfiant de la puissance de Diego. L'homme devait être un poil plus lourd que lui.

Une fois arrivé au niveau de l'espace vital d'Edgar, le morpheur lion attrapa la garde d'Edgar avec ses mains, la baissa et lui envoya un violent coup de tête en plein visage. Edgar recula, légèrement sonné, le nez pissant le sang. La douleur était insoutenable, heureusement ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait. Il se remit le nez en place, renifla puis cracha afin d'évacuer le sang.

Diego jubilait.

— Eh, c'est un vrai combat, tous les coups sont permis ! Tu veux qu'on arrête là ?

Edgar cracha une nouvelle fois par terre et fit signe à son adversaire de venir.

Ils échangèrent de nouveau des coups assez classiques, mélange de directs, de crochets et de jabs rapides : bref, ils restaient dans le domaine de la boxe. Mais Diego avait moins de technique qu'Edgar et avait un léger désavantage, cette fois encore. Sa garde était moins mobile et il peinait à attaquer puis à se replier directement après.

Malgré son nez gros comme une patate qui le gênait, Edgar n'avait jamais été aussi concentré sur un combat. Il se battait à fond, mettant à profit tous les conseils dispensés par son entraîneur de boxe durant les derniers mois. Et puis, il fallait l'avouer, sa vitesse plus grande à Dreamland affectait également ses mouvements, sa garde, ses coups de poings. Bien qu'il ne s'en était pas rendu compte et pensait, naïvement, que seules ses jambes étaient affectées par le pouvoir de sa seconde queue. Mais à Dreamland, il se sentait plus léger et plus vif que dans le monde réel, et son pouvoir n'y était pas étranger.

Diego finit par sauter en arrière afin d'esquiver un coup plutôt lourd, porté en direction du menton. Il monta de nouveau sa garde, se mit en boule et fonça sur Edgar. L'homme aux deux queues resta calme, malgré l'appréhension qui tenta de le gagner. Il fit semblant de décocher un coup de poing en direction du visage de Diego, mais c'était une feinte et il lui attrapa la tête. Sa main gauche vient rapidement en renfort et il força de toutes ses forces, poussant la tête de Diego vers le sol.

Diego poussa un grognement et attrapa les bras d'Edgar, voulant se libérer de son emprise. Il était assez furieux de ne plus être le seul à innover et qu'Edgar ait trouvé un léger contre à sa technique.

Un léger contre ? Edgar prit appui sur la tête de Diego et se mit à envoyer de formidables coups de genoux dans les côtés du jeune homme, avec la vive intention de les lui briser. Les bras luttant contre ceux d'Edgar, Diego avait pris la mauvaise décision et ne protégeait plus son corps, pas plus son visage que son torse. Il avait oublié qu'Edgar avait des jambes et pouvait s'en servir, malgré le fait qu'ils aient boxé jusqu'à présent.

Diego lâcha Edgar et se protégea tant bien que mal, il voulait se dégager et reculer. Mais Edgar tenait fermement sa tignasse et continuait de porter ses assauts. Il finit par lâcher Diego au moment où ce dernier forçait comme un benêt et par lui envoyer un violent coup de pied au niveau du torse.

Le morpheur lion eut le réflexe de se protéger en mettant ses bras en croix mais fut poussé en arrière et finit par tomber sur le cul.

Des éclats de rire se firent entendre et il se releva, furieux. Il était amoché, avait peut-être quelques côtes pétées ou au moins fêlées. Pourtant, quand Edgar croisa son regard, il comprit que le combat était loin d'être fini.

— Bon, si on utilisait nos pouvoirs ? Tu t'es bien battu mais la plaisanterie a assez duré.

Une fourrure épaisse recouvrit tout son corps et des griffes apparurent au niveau de ses poings, qui avaient gagné en grosseur. Sa tête n'avait pas changé, hormis quelques crocs qui étaient apparus et lui donnaient un sourire léonin. Il poussa un rugissement bestial, salué par les applaudissements de la foule.

— Attention, j'arrive !

Le Voyageur fonçait sur lui et Edgar décida de ne pas rester sur son passage. Il se mit hors de portée en trottinant, n'ayant pas besoin de se donner à fond pour faire jeu égal avec le morpheur lancé à fond.

— Tu viens pas te battre ? Qu'attends-tu pour déclencher ton pouvoir, qu'on se batte de morpheur à morpheur ?
— C'est ça, mon pouvoir. Être rapide... entre autres.
— C'est pas un pouvoir, ça ! Pourquoi tu participes pas plutôt à un marathon ? Je comprends mieux pourquoi personne s'intéresse à toi au royaume des chats...

Edgar fronça les sourcils. Il essayait de ne pas tomber dans les pièges tendus par son ego mais la pique l'avait touché.

— Tu parles beaucoup pour quelqu'un qui a les côtes défoncées ! C'est pas trop douloureux ? railla-t-il son adversaire.

Cela ne lui ressemblait pas mais il commençait à en avoir marre d'être jugé sur son pouvoir et pas sur ses actions ou ses capacités. Et puis, la vitesse pouvait être une force.

— À ta place, j'aurais fait profil bas. J'ai bien envie de me faire les griffes sur ton torse, maintenant.

Edgar ne répondit pas et analysa la situation. Il pouvait continuer à esquiver les attaques de son adversaire, afin de le fatiguer. C'était une stratégie qui pouvait fonctionner, surtout sur un adversaire plus puissant. C'était pas la plus glorieuse des manières de se battre, ceci dit. Mais la plus intelligente. Il devait également énerver son adversaire, afin de le pousser à se donner à fond.

— Encore faudrait-il que tu me rattrapes ! Mais bon, quand on préfère pousser de la fonte plutôt que de bosser son cardio, on fait un piètre athlète.

La pique avait porté ses fruits et l'homme au pouvoir du lion fonça vers lui, fendant l'air de ses griffes. Edgar passa sur sa droite et se mit hors d'atteinte, mais fut pris en chasse par le Voyageur qui n'avait pas l'intention de le laisser partir, surtout dans un espace aussi étriqué. Esquiver était fatiguant mais l'endurance d'Edgar était presque aussi développée que sa vitesse. Pouvait-on en dire de même de son adversaire ?

La foule de combattants testostéronés braillaient tout en frappant du poing sur la table. Ils trouvaient le combat inintéressant et Edgar lâche. Ils réclamaient de la sueur, des coups et du sand, pas une course-poursuite sur un ring.

— Tu les entends ? T'es qu'un lâche ! En réalité, ce que tu fais devrait être considéré comme de l'abandon vu que tu refuses de m'affronter en face à face.
— Tu devrais parler moins et respirer davantage, on dirait ma grand-mère qui revient d'un jogging.

Le rire d'Ismaël fut noyé par les vociférations de ses voisins.

— C'est un combat, pas un rap battle !
— On veut voir de nouveau des coups de genoux ! On s'fait grave chier, là !
— Le combat va pas durer tout le reste du solo, quand même !

Edgar resta sourd à leurs cris. Il jeta un coup d'oeil à l'arbitre, afin de voir s'il risquait d'être pénalisé par l'organisation du tournoi. L'homme-chat avait le visage d'un endurci du poker, impossible de savoir ce qu'il ressentait.

— Ta grand-mère, j'la baise !
— Merde, laissa échapper Ismaël.

Il y a des limites à ne pas dépasser. S'étant battu depuis son plus jeune âge, Edgar était habitué aux "Ta mère la pute", "Va niquer tes morts" et autres bénédictions que l'on pouvait s'échanger dans la rue. De la même manière qu'il protégeait les innocents, Edgar avait toujours cherché à protéger les réputations de ces proches. C'était débile, pas franchement utile et ça l'avait souvent mis dans le pétrin. Car se battre pour protéger quelqu'un, c'est une chose, mais se battre à cause d'une insulte ou d'une remarque de mauvais goût...

Bref, Edgar ne s'était pas encore débarrassé de cette habitude. Quand le morpheur prononça cette phrase, ça passa de 0 à 100 dans sa tête. Finie, la stratégie sur le long terme. Et ça passa de 0 à 100 dans ses jambes.

Accélération de malade ? Check. Coude et épaule mis en avant pour embrocher un homme ? Check. Visage déformé par la colère ? Check. Temps de réaction trop lent de Diego ? Check.

Diego s'était certainement attendu à un semblant de réaction, mais peut-être à une autre réplique cinglante, ou à une attaque latérale. Cela faisait plusieurs minutes — ce qui est considérablement long en combat — qu'il jouait au chat et à la souris avec Edgar.  Il ne s'attendait pas à une attaque frontale, surtout pas à 100 km/h. Il eut un réflexe digne d'un combattant d'exception et parvint à croiser les bras devant lui.

Côté Edgar, les os de son coude explosèrent sous la puissance de l'impact, causant une fracture de son bras droit. La douleur implosa mais il resta conscient, puisant dans sa colère. Il laissa pendre son bras mollement, le long du corps.

Côté Diego, le Voyageur fut projeté en arrière, les bras et les côtes gravement endolories, le souffle coupé. S'il n'avait pas eu le réflexe de mettre les mains, il aurait été mis instantanément KO et il le savait. C'était un mixte de chance et de réflexes surhumains, bestials, qui lui avait épargné d'être vaincu par un adversaire moins puissant que lui. Il n'aurait pas dû se laisser habituer par l'attitude "lâche" d'Edgar, et le sous-estimer.

— Putain, tu cognes dur ! Mais je cogne encore plus fort, fit Diego, entre ses crocs.

Edgar ne répondit pas : l'heure n'était pas à la vantardise mais à la punition. Personne n'avait le droit de parler mal de sa famille. S'il ne faisait pas un exemple, d'autres risqueraient de faire de même et il voulait l'éviter.

Il fonça de nouveau sur sa proie et, cette fois-ci, le contourna afin de le frapper à l'arrière du crâne d'un puissant direct du gauche. Mais cela ne se passa pas comme prévu car Diego avait compris deux choses.

La première, c'est qu'il n'était pas suffisamment rapide pour prétendre prendre Edgar de vitesse, ou réagir à temps contre lui en se basant sur sa vue et ses réflexes. S'il voyait Edgar se déplacer, c'était déjà presque trop tard.
La seconde, c'est qu'Edgar n'allait plus se contenter d'esquiver. Il voulait le frapper, lui faire du mal. Le vaincre.

Diego savait donc que le Voyageur aux queues de chat viendrait à lui. Ainsi, une main plaquée contre ses côtes douloureuses, il frappa de l'autre dans le vide, balayant l'air autour de lui d'une violente claque qui cueillit Edgar alors qu'il s'apprêtait à décocher son coup de poing.

Edgar vola dans les airs, soufflé par le coup comme par une explosion. Si sa vitesse était impressionnante, la force de son adversaire était tout aussi prodigieuse. Il reprit sa respiration et frissonna : si le morpheur lion avait utilisé ses griffes, Edgar aurait été tranché en deux.

Mais il ne pouvait pas baisser les bras pour autant. Son opposant était fatigué et peinait à respirer, à cause de la douleur aux côtes. Il crachait même parfois du sang. Edgar était en meilleure forme, si on exceptait son bras totalement pété et son torse douloureux.

Le coup avait eu le mérite de remettre au jeune homme les idées en place. Il n'avait plus l'intention de foncer tête baissée et avait presque envie de remercier Diego d'avoir mis sa patience et son ego à l'épreuve. Il apprenait beaucoup de ce combat, ce n'était pas tous les jours qu'il affrontait quelqu'un de plus fort physiquement.

La plupart de ses combats s'étaient déroulés contre des invocateurs ou des contrôleurs, des Voyageurs qui évitaient le corps à corps, et sa vitesse s'était révélée bien pratique. Pour une fois, c'était à lui d'éviter le corps à corps. Il devait également garder la tête froide et résistait à ses pulsions. Ce n'était pas qu'un combat physique, mais mental. Il était blessé, son adversaire aussi : le premier qui flancherait perdrait. Peu importe la puissance théorique, les muscles ou le pouvoir, le combat se jouait principalement dans la tête.

Bien sûr, cela ne voulait pas dire que n'importe quel David pouvait triompher un Goliath. Mais Edgar croyait en ses capacités. Ce serait compliqué, son adversaire était plus fort et plus expérimenté dans les combats à Dreamland. Il pouvait toutefois le faire et, ainsi, se prouver à lui-même qu'il avait repoussé ses limites lors de ce combat.

Le jeune homme désirait donc une victoire, qui lui servirait de ticket pour la suite du tournoi. S'il gagnait et qu'Ismaël remportait son prochain combat, il pourrait affronter son ami d'avance. Gagner serait alors probablement impossible mais... il pouvait toujours rêver, non ?

— Edgar, désolé d'avoir manqué de respect à ta grand-mère. Même chose pour les coups bas, ou pour les insultes.
— Que me vaut ce revirement ?
— Je voulais pas que tu me prennes pour quelqu'un que je ne suis pas. J'ai observé ton combat précédent, t'es un mec un peu naif et idéaliste. T'as failli laisser gagner ton précédent adversaire à cause d'un excès de pitié. Si je m'étais contenté de la jouer réglo, on aurait continué à se boxer dans les règles de l'art. Mais c'est pas ça, un combat. C'est pas ça, se donner à fond. Je t'ai donc poussé dans tes retranchements afin que tu donnes tout ce que t'as, je m'en serais voulu de gagner contre toi en profitant de ta naïveté ou de ton manque d'expérience. Et je dois te féliciter, tu t'es vraiment montré à la hauteur.

Edgar tombait des nues. Il n'avait pas songé une seule fois que Diego pouvait être un mec aussi sympathique, et pas juste un connard méprisant et fourbe. Il restait toutefois méfiant : ce pouvait être une autre manigance. Un plan assez foireux et tiré par les cheveux (comme Diego, quelques minutes auparavant) mais on n'était jamais trop prudent.

— Et pourquoi me dire tout ça maintenant ? Pourquoi ne pas attendre la fin du combat, es-tu si en confiance que ça ?
— Je connais mes capacités et je connais à présent les tiennes. On sait tous les deux que lors d'un combat à mort, je t'aurais déjà tué. N'y vois pas une menace, je constate juste un fait. Je respecte ta vitesse mais je ne m'épuiserai pas à te courir après. Tu peux choisir de jouer la montre jusqu'à ce qu'un arbitre intervienne ou tu peux décider de venir m'affronter. Dans les deux cas, je pense savoir qui sera déclaré vainqueur. Mais je vais te faire l'honneur de me donner à fond. Cette fois-ci, je vais sortir les griffes et je compte sur toi pour esquiver mes attaques : si tu les prends au mauvais endroit, j'aurais ta mort sur la conscience.

La foule s'était tue, impatiente. L'attente et le dialogue entre les combattants en avaient saoulé plus d'un, certains étant partis se rechercher un verre durant "l'entracte". Quelques spectateurs, fans de bromance, avaient toutefois beaucoup apprécié. Quant à Ismaël, il tentait de séduire la serveuse.

— Désolé, milady, mais je pense qu'il faut que je dise quelque chose de dramatique, histoire de rajouter une ambiance shonen tragique.

Il se tourna vers les combattants.

— Ed', fais pas le con ! Abandonne ! Ce type peut te trancher en deux, tu risques de mourir ! hurla-t-il à l'adresse d'Edgar, s'attirant les regards larmoyants d'un groupe de jeune chatons, les Young Cats.

— Vous êtes vraiment doué.
— J'ai passé un an à incarner le rôle tragique d'un orphelin qui cherche à retrouver son frère pour venger sa famille. J'ai eu le temps de me perfectionner.

Sur le ring, Edgar n'avait pas conscience qu'Ismaël n'était pas sérieux. Bien au contraire, il fut chauffé à blanc par le cri d'Ismaël, se disant qu'il devait prouver au contrôleur de foudre sa capacité à se débrouiller seul.

— Reprenons le combat, Diego, je ne fuirai pas. Et t'as intérêt à vraiment donner tout ce que t'as car je ferais tout pour t'arracher la victoire.

Edgar fonça vers Diego, s'arrêtant net avant de rentrer dans sa zone d'influence. De nouveau, le bras du morpheur lion balaya autour de lui, toutes griffes sorties. Edgar reprit sa course juste après le passage du bras et parvint à balancer un violent direct du gauche à Diego, qui avait sa seule main libre plaquée sur ses côtes. Il se jeta immédiatement en arrière, les griffes de Diego le frôlèrent et creusèrent dans sa peau de légers sillons.

Se combattre contre quelqu'un d'aussi puissant n'était pas facile, surtout quand ses compétences étaient plus mortelles que les siennes. Si Diego laissait faire Edgar, il ne risquerait que d'être sonné. Alors qu'Edgar risquait une mort horrible, tranchée en deux.

Il ne pensa pas à ça et repartit à l'assaut. Cette fois-ci, Diego fit de même et courut vers lui. Ils se croisèrent tous deux, Edgar se baissant au dernier moment pour lui envoyer un violent coup de poing dans le foie et Diego envoyant ses griffes cueillir le jeune homme à l'horizontale.

Diego tomba à genoux, les deux plaquées sur son foie. Le coup avait touché avec toute la vitesse et la puissance du Voyageur aux deux queues et la douleur était telle que le morpheur lion se savait incapable de combattre plus longtemps. Il n'était pas déçu car cela faisait longtemps qu'un combat contre un autre combattant au corps à corps ne l'avait pas autant tenu en haleine.

— Bien... joué ! fit-il, dos à Edgar, la respiration rendue haletante par la douleur. Je... suppose... que tu... gagné, je ne... plus combattre.

Mais Edgar ne l'entendait pas. Vautré de tout son long dans une mare de sang, il n'avait pas réussi à totalement esquiver les griffes de son adversaire. Les plaies profondes qu'il présentait sur son torse n'avaient rien à envier aux griffures d'un tigre.

— Le vainqueur est Diego. J'appelle les infirmiers à venir sur le ring.

Une ovation accueillit le morpheur lion qui en fut surpris. Il avait surestimé la vitesse et les capacités d'esquive de son adversaire.

♥️.♦️.♣️.♠️

Quand Edgar se réveilla dans l'infirmerie, il était entouré des visages de ceux qu'il aim... En fait, non, Ismaël se sentait sur la bonne voie de concrétiser son plan drague et était passé en mode "hoes before bros". Toutefois, Diego était passé le voir et se sentit soulagé quand il vit l'homme aux deux queues se réveiller.

— Salut Ed', bien dormi ? S'il y avait des concours d'hémorragie, tu finirais probablement finaliste.

Edgar brandit la paume de sa main devant lui, depuis son lit d'hôpital improvisé, réclamant un temps mort. Il se massa ensuite les tempes. Il attendit quelques minutes de ne plus avoir de vertiges. Un verre d'eau était posé à sa droite, il l'attrapa et le vida aussi sec. Sa bouche était un peu pâteuse mais il allait un peu mieux.

— Putain, j'ai un de ces mal de crâne ! Pourquoi c'est pas une jolie infirmière qui est venue me réveiller ?

Diego plaqua une main ferme et insistante sur le ventre du blessé.

— Ah, parce que tu n'es pas de ce bord-là ? Dommage, je pensais que toi et moi ça pourrait devenir quelque chose...
— Euh... fit le jeune homme, ses yeux envoyant des signaux de détresse à l'infirmier, qui avait le nez dans des produits.

Edgar n'aimait pas qu'on le touche de manière aussi familière, surtout en laissant sous-entendre des propositions sexuelles et quand il était dans une situation où il était incapable de se dégager. Diego s'amusa de sa réaction.

— Je plaisante, Ed', je préfère les vikings. Blonds, grands, barbus.
— Retire juste ta main, s'il te plaît. Je suis pas super à l'aise, là.

Le silence qui suivit fut un brin gênant.

— Et sinon, tu fais quoi dans la vie ?

Edgar se fit la réflexion qu'il aurait mieux fallu qu'ils se foutent sur la gueule de manière héroïque et que ça se finisse là. Les prolongations dans l'infirmerie n'étaient pas à son goût, mais alors pas du tout.

♥️.♥️.♥️.♥️

Edgar avait loupé deux matchs durant sa convalescence accélérée : celui d'Elvida à l'arc d'Apollon et de Caprice, remporté par Caprice, et celui de Ryu l'indolore et de Jean de Vegas le débutant, remporté par... Jean de Vegas. Ismaël n'avait pas eu besoin de se battre car son adversaire s'était disqualifié lui-même en commettant un homicide.

Il restait donc deux combats avant la finale. Celui d'Ismaël contre Diego, et celui de Caprice et Jean. Les deux furent décevants. Le combat d'Ismaël et de Diego fut très bref car Ismaël était à la fois plus rapide et plus fort qu'Edgar. Il n'eut aucun mal à se rapprocher de Diego et à l'attaquer sans que celui-ci ne puisse riposter puisqu'il prenait le jus à chacun des coups portés.

Le morpheur lion abandonna avant que son coeur ne lâche.

Quant au combat entre Caprice et Jean, ce fut la même scène qu'avec Kyo. Dès qu'ils se furent serrés la main et que l'arbitre siffla le début de la rencontre, Caprice abandonna.

Les spectateurs gueulaient : à les entendre, c'était la troisième fois qu'une telle mascarade se produisait.

Edgar alla se chercher à boire tandis qu'Ismaël se rendait sur le ring, pour y affronter Jean. Ils en avaient un peu discutés tous les deux, et en avaient déduit que le Voyageur de la ligue B avait un pouvoir plutôt cheaté, qui devait fonctionner de manière tactile. Ainsi, pour gagner contre Jean, peut-être fallait-il ne pas lui serrer la main.

Mais Edgar connaissait Ismaël et ne fut pas surpris quand le contrôleur lui serra la main. Il sourit et porta son verre à ses lèvres. Il savait que le contrôleur de foudre avait voulu se prouver qu'il était capable de lutter contre les effets d'un novice, peu importe la nature du pouvoir qui les produisait.

Si Ismaël abandonnait et perdait, cela lui apprendrait à ne pas sous-estimer les autres.

— J... commença à dire Ismaël, avant de se plaquer la main sur la bouche.

Ses oreilles étaient rouges et il semblait en proie à un violent dilemme, comme s'il se battait mentalement. Il finit par porter ses mains à son crâne et à s'envoyer des violentes décharges.

Des éclairs bleutés crépitaient entre ses doigts tandis qu'il se contorsionnait dans tous les sens. Il n'était pas immunisé contre son pouvoir lorsqu'il le concentrait à forte dose, et c'était exactement ce qu'il faisait.

Quant à Jean, il n'avait plus son sourire satisfait et regardait le contrôleur de foudre avec inquiétude.

— Euh, il va bien ?

En effet, Ismaël ne semblait pas au meilleur de sa forme. Il se convulsait et gueulait des propos incohérents, tandis que l'air s'électrisait autour de lui.

Puis, d'un coup, le calme refit son apparition. Ismaël tourna un regard vide et inexpressif en direction de Jean. Le Voyageur de la ligue B toucha nerveusement.

— Ahem, monsieur l'arbitre, je crois qu'il voulait dire qu'il comptait abandonner, tout à l'heure.

Ismaël s'approcha de Jean à pas lents, le regard perdu dans le vide. Ses jambes le traînaient vers le Voyageur avec la lenteur et la maladresse d'un somnanbule. Comme s'il n'était qu'un pantin entre les mains d'un enfant. L'air autour de lui grésillait et la peur qu'éprouvait son adversaire était palpable.

— Je ne comprends pas, je l'ai pourtant bien touché ! Pourquoi ça ne fonctionne pas ?

Jean se précipita sur Ismaël et lui attrapa les bras, afin sans doute d'utiliser sa capacité sur le contrôleur de foudre. Il eut l'impression de saisir une machine à laver dont le différentiel à courant résiduel avait sauté. Autrement dit, un fort courant électrique traversa son corps de part en part, l'électrisant avant de lui faire perdre connaissance.

Sans s'en soucier, Ismaël continua de marcher droit devant lui avant de percuter le dôme. Il continua de marcher dans le vide, la tête plaquée contre le dôme, comme s'il était un personnage de jeux-vidéo contrôlé par un joueur particulièrement con.

— Me dites pas que ce trou du cul s'est cramé les neurones pour résister à toute éventuelle attaque mentale... Il est vraiment pas croyable ! s'exclama Edgar en levant son verre à son ami d'enfance.

Le jeune homme était partagé entre l'admiration et la consternation. L'admiration l'emporta et il s'amusa de voir les spectateurs totalement médusés devant la scène, partagés entre l'envie d'ovationner celui qui avait puni le tricheur et celle de se faire un magistral facepalm.

— Vous voulez un autre verre de lait ? fit la serveuse, qui passait par là.
— Oui, volon...

Il se réveilla dans un nuage de fumée et la chatte reprit son service, après un léger soupir. Ah, ces Voyageurs qui n'avaient pas la décence de se réveiller ailleurs.

♥️ Matin du 20 Avril 2018 ♦️ Chambre d'Ismaël ♣️ Marseille ♠️

Edgar sautait à pieds joints sur le lit d'Ismaël afin de tirer le jeune homme de son sommeil.

— Mec, t'es un grand malade !
— Ar... Arrête de sauter... Tu me donnes le tournis. T'as plus douze ans, mec... Au fait, ça a marché ?
— Bah ouais, t'as gagné ! Bon, pas sûr qu'ils aient pu te remettre une quelconque récompense. Mais ton adversaire a posé ses mains sur toi et ça l'a électrocuté !

Ismaël attrapa son menton avec la main droite, la mine soudainement grave.

— Attends, je l'ai tué ?
— Non, il était juste dans les pommes, pourquoi ?
— Je l'ai électrisé alors, pas électrocuté.
—Wow, désolé de m'être trompé de mot, tout le monde n'a pas une habilitation électrique !

Edgar descendit du lit et tourna les talons. Il allait finir par être en retard à la fac, avec toutes ces conneries.

— Edgar ?
— Ouais ?
— Merci de m'avoir réveillé.
— T'inquiète, c'est toi qui paiera le prochain fast-food !


Dernière édition par Edgar le Ven 7 Sep - 18:48, édité 1 fois
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Fight Club N°1 - On aime ceux qui nous font du mal [Solo]
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