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 All the world is green [Solo | la Famille]

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MessageSujet: All the world is green [Solo | la Famille]   Dim 4 Fév - 14:18

Chapitre 1. De l’inconvénient d’être née.
(Morgane)




Thème



Morgane
Spoiler:
 





I fell into the ocean 
And you became my wife 
I risked it all against the sea 
To have a better life

Morgy you are the wild blue sky 
Men do foolish things 
You turn kings into beggars 
Beggars into kings






Toujours le même rêve. Je suis à ses côtés dans un bar de Kazinopolis. Elle drague une autre fille, elle boit un verre que j’ai concocté ; je connais toutes ses formules. Toutes. Pas une qui n’échappe à ce que j’ai en tête, dans les yeux. Je connais toute l’existence de ce liquide, du verre, tous les rapports de proportion, le dosage, les proportions, le poids, l’inertie dans la main ; chaque défaut et aussi ce qui compose le mélange. J’arrive, en poussant les formules, à savoir même où se trouvent les résidus invisibles à l’œil nu...poussières d’usine, cuves mal nettoyées, l’air ambiant du bar fait d’humidité, d’odeurs de parfums, encens, produits de nettoyage. Je sais voir, je peux tout voir. Pendant que j’analyse le breuvage, elle est partie avec la fille. Je me suis perdue dans mes contemplations ; elle est partie sans que je m’en aperçoive. Puis je me tourne je tombe nez à nez avec son visage qui sourit. Il devient celui de Lili-Anna ; je sens alors l’éclair gris et froid de l’acier qui entre dans mon abdomen. Assassinée. Tuée. La fin du monde des rêves. Je suffoque, je veux crier et ma bouche tordue s’ouvre comme la gueule d’un serpent. Rien ne sort. Ni cri ni larme ni l’horreur de mon corps paralysé. Elle sourit et vient lécher chacune de mes lèvres abandonnées, livrées à ses vices. Je me réveille en sursaut dans ma chambre, dans le monde des rêves. Je me rappelle que je suis voyageuse : qu’à force de ne rien faire, je m’endors dans Dreamland, et je tombe dans des rêves qui n’ont rien à envier aux cauchemars que les voyageurs doivent battre chaque nuit. J’ai déjà un pouvoir, je suis donc condamnée à vivre ces cauchemars dans Dreamland, me réveiller depuis ma chambre que je partage en collocation avec la quinzaine de frères de Jock, mon Opérateur, mon seul ami et mon confident. Une des raisons qui pourrait me pousser au suicide ; si je n’avais pas une montagne d’ennemis à abattre.



- Dis Joy, tu vis ou tu rêves ?
- Les voyageurs ne savent pas répondre à cette question, Morgy.
- Mais toi, tu le peux, j’en suis sûre.
- Je pourrais m’en tirer avec une pirouette. Une connerie qui fleure bon la vieille philosophie rance, qui n’est au final qu’une question de formule. « Je vis mes rêves et je rêve ma vie ». Ce serait la réponse des voyageurs, elle est jolie et concise. Mais naturellement fausse.



Elle me sourit. Avec sa compassion dont elle camoufle toujours l’intensité, derrière ses lunettes de soleil et sa classe de femme fatale. Morgane, ma rencontre du moment. Je parle de rencontre, car on ne s’aime pas ; on ne fait que se fréquenter - faire parler nos entrecuisses quand on s’ennuie. Même pas un plan cul, même pas un amour ; juste une rencontre. Une créature qui s’ennuyait depuis des siècles au Royaume Chlorophylle. Elle était fleuriste, comme une bonne partie des créatures du royaume ; elle s’ennuyait ferme. Partie une nuit, jamais revenue. Elle fut chanteuse, danseuse dans le Dream Box, à faire la pute de luxe, la cruche pour des hommes en manque de tout. Serveuse, animatrice à Félinia, combattante de catch à Fightland...elle a eu dix mille métiers, des situations improbables ; des amours à la pelle, toutes foireuses. Les meilleures comme les pires. Elle recherche la rencontre, ici elle est servie, je ne suis qu’un mauvais présage. Un mirage de passage. Un insecte éphémère qu’elle se plaira à allumer comme un feu juste avant la pluie. Elle me sourit et ses yeux derrière ses lunettes noires me font l’amour, je le sais, je le sens. Je connais la formule.


- Tes collocs sont là ce soir ?
- Non, mais je dois bosser pour mon patron.
- Encore ? Tu le préfères à moi, c’est ça ?
- Carrément ! Je vois ses yeux de temps en temps, au moins !
- D’accord, j’ai compris ! Je vais aller draguer une fille, juste pour te rendre jalouse ! Tu as ton patron, j’ai bien le droit de trouver une petite travailleuse moi aussi !
- Malgré tes lunettes de façade, je sais que tu rigoles avec la patte d’oie de tes yeux.
- Tricheuse !



J’ai reçu une mission depuis deux jours : c’est pour cette nuit. Un magnat qui veut racheter une parcelle de la Forêt des Rêves pour transformer le bois en meubles bon marché. Encore un salaud qui va défoncer la beauté naturelle du monde pour son propre profit. Vendre des merdes inutiles à des créatures qui vont s’endetter pour acheter ce dont elles peuvent se passer. Tout ça ne me regarde plus ; les idéaux c’était avant, quand j’espérais encore défendre la beauté du monde. Quand ce monde méritait d’être sauvé, à commencer par les Seigneurs. Or, dans les rêves ou dans la vie réelle, les puissants restaient proches des salauds, et les salauds s’étalaient sur mes ordres de mission. Une manière comme une autre de rendre la justice. Je me prépare dans un local dont je suis la seule à connaître l’existence ; je recharge mon téléphone mobile pour rester en contact avec mon Opérateur, Jock bien sûr, qui connaît très bien mes rituels de mort imminente : ne pas me déranger avant, me surveiller pendant, me tenir compagnie après. Il m’est arrivé, une fois, d’avoir l’envie tenace de quitter les rêves – définitivement. Je ne répondais plus aux appels de l’Opérateur, il m’a tracé et m’a retrouvé sur le toit du plus grand casino de Kazinopolis. Il a sauté avec moi dans le vide, j’ai activé ma formule de vol pour le sauver. Juste lui, oui. C’est à ce moment que j’ai basculé. J’ai pris conscience que l’avenir ne dépendait toujours que de moi. Pour citer Cummings : un homme menacé doit savoir retrousser ses manches, hisser le drap noir, et commencer à couper des gorges. J’ai commencé par la mienne, de gorge, et j’ai fait la liste sur mon drapeau de tous les cous qu’il me restait à couper avant de sauter pour de bon dans le grand vide. Que je vive, que je rêve, qu’importe. Mais à partir de cette nuit, j’ai su. Je n’étais jamais seule. Jock est, malgré ses bêtises, celui qui donnerait sa vie pour me sauver. Je me suis aperçue que je ne pourrais jamais lui rendre la pareille. La fragilité de la vie humaine nous rend égoïste, dans Dreamland. J’ai également su qui j’étais : une prisonnière en sursis. Et à ce moment précis, tout s’est éclairé. Prisonnière en sursis, je n’avais plus rien à perdre ; plus rien à avoir encore plus à perdre, plus exactement. J’étais donc la plus libre possible ; la plus libre de cette ville, la plus libre pour mettre en place le futur tel que je le concevais. Tout commença à ce moment.



Je me mets en route ; au volant de Mylène, comme souvent. Je me mets toujours assez loin du lieu-dit, pour éviter le repérage facile. On me connaît dans la Famille, on sait  dans quoi je roule. Après l’arrêt, je m’envole et je disparais comme une balle. Je sais qu’ils ont des yeux et des oreilles partout, autant en diminuer le nombre le plus possible. J’arrive dans la zone, un restaurant chic de la ville, au dernier étage d’une tour qui fait office de casino, hôtel de luxe, restaurant, boîte de nuit, salons privés, piscines sur les balcons. Bien sûr le tout est d’une confidentialité criminelle. Je repère toujours la cible une à deux heures avant, pour faire une échelle de difficultés. Si c’est impossible, je repousse l’heure de l’exécution. Si c’est possible, je blinde l’endroit de formules. Imparable. La Famille le sait bien, je suis la meilleure actuellement en ville. Aucune faute. Aucun repérage. Aucune bavure. Aucun tir en trop. Chirurgicale et dangereuse, qu’ils ont marqué sur ma fiche. Tremblez, les gars, vous trembleriez encore plus si vous saviez ce que je prépare pour vos carcasses pitoyables. J’esquisse un sourire dans ma tenue de soirée, une robe qui fleure bon la bourgeoise entretenue, les cheveux lissés et relâchés vers l’arrière.



Tenue de la nuit:
 




C’est un vêtement à la fois court comme il faut pour happer les regards envieux, et tout à fait à propos dans la place. Ça pue la thune et le sexe, les salauds les pervers les furieux et les prêts-à-tout-pour-tirer-un-coup. A force de fréquenter Kazinopolis, je me dis qu’il y a un truc à savoir sur cette ville. On met de côté Athia dans l’équation. Généralement, plus c’est richement décoré, plus ça cache l’odeur de la merde qui dégouline de partout. Ici on met du doré au-dessus du puits de chiasse, mais quand tu connais bien les habitudes, tu vois bien le bouillon, la mélasse merdique qui va t’exploser à la gueule. Ça forme un tout. Après un tour aux machines à sous, me voilà donc au restaurant, à quelques tables de la cible. Assez beau gosse, le gars. Je m’attendais à un bedonnant chauve et avec des complexes à la pelle, c’est complètement l’inverse qui se trouve sur ma liste à abattre. Haut, fort, fier, belle gueule et de ce que je peux entendre, il monopolise la conversation en faisant rire les créatures masculines autour de la table. Il mange les plats les plus chers et en laisse la moitié. Il veut montrer qu’il a les moyens et qu’il peut tout se permettre. Tout en le regardant, je déguste mon entrée et un verre de vin blanc, cuvée spéciale des vignes carmin du Royaume de l’Alcool. Un pur délice. C’est criminel d’en laisser la moitié juste pour la frime.



Puis je la vois arriver. Morgane. Accompagnée par trois filles habituées des marches pécuniaires. Oh, je ne me fais aucune illusion. Je sais qu’elle arrondit ses fins de mois à l’aide du talent naturel de son cul, mais là je dois avouer que ça tombe mal. C’est le problème avec les rencontres : j’ai toujours du mal à les laisser en vie si elles se dressent sur mon chemin. Elle s’assoit à côté d’un des types, pas la cible. Mais elle est rigole beaucoup, comme je ne l’ai jamais vue rigoler. Elle n’a pas ses lunettes de soleil ; je la découvre artificielle et mondaine. Avec toute sa beauté, son impertinence qui passe par l’arête de son nez que j’embrasse souvent, les rides de son front quand elle pose une question, ses yeux qu’elle ne me réserve qu’entre nous  ; mi-clos quand elle sent l’orgasme déferler dans son corps. Soudain, alors que je sors mes billes les unes après les autres et que je les dispose dans toute la salle, elle me regarde. Elle m’a vue, quelques instants avant. Je le vois à sa tête, encore choquée mais impassible ou presque. Le regard fixe, on se met à se parler les yeux dans les yeux ; c’est une scène de rupture qui m’ouvre en deux, comme le tranchant gris et froid de l’acier dans l’abdomen. Bien sûr elle ne sait pas pourquoi je lui donne ce regard, elle le sait, juste. On s’est assez rencontré pour le savoir. Une larme est abandonnée sur sa joue fardée pour plaire, et les hommes autour d’elle la questionne. Mais elle me regarde. Donc, ils me regardent.



Ça va assez vite, surtout quand je ne suis pas d’humeur. Les trois pyramides rouge sang se plantent dans le corps de la cible, qui n’a pas le temps de hurler. Une pyramide au front, l'autre dans un poumon, la dernière au cœur. Je m’assure toujours de bien tuer, on sait jamais. Les billes fracassent les crânes des hommes et des femmes autour de la table. Il n’y a eu aucun cri sauf celui de Morgane, qui attire du coup les clients en train de manger et les serveurs. Je tourne sur moi-même et je fais valser les couteaux dans les gorges. Dix secondes plus tard, la salle est totalement déserte, les cuisiniers se sont enfuis depuis les cuisines et j’ai tué le maître d’hôtel qui a tenté de me tirer dessus. Restaurant criminel : tu ne portes pas d’armes quand tu sers la bouffe, question de logique. Implacable. Je m’avance vers Morgane, qui me découvre elle aussi pour la première fois.



- Alors c’est ça, ton patron ?
- Oui. Je te renvoie la question.
- Depuis quand tu fais ça ?
- Depuis que je ne suis plus Joy, mais Dantès.
- Dantès, l’assassin de la Famille dont on parle en ville ?! C’est toi ?
- Manifestement. Morgane, prépare-toi.
- Joy...non ! Je t’en supplie, ne fais pas ça ! On s’aime ! Hein on s’aime ? Je suis ta nana, tu me l’as dit ! Je sais que tu as des sentiments ! Écoute je...je m’en fiche de ton métier ! Je peux faire tout ce que tu veux pour toi, tu le sais bien ! Je suis sûre que je peux te faire arrêter de tuer ! Crois-moi, tout ça, ça peut s’arrêter ! Fais-moi confiance !
- Morgane, tu as oublié tes lunettes de soleil. Je sais quand tu mens, tes pupilles s’agrandissent. Ils ont tous le même regard quand ils me supplient.
- Qui ?
- Mes cibles.
- Oh non non non ! Non Joy ! NON ! Arrête je t’en prie ! Pitié !!
- C’est rien de personnel, Morgane, c’est juste une mauvaise rencontre.



Pas le temps pour elle de hurler, elle est déjà morte à l’intérieur. Pour ça qu’elle me séduisait. Son corps retombe ; une pyramide a fracassé son cou et est ressortie de l’autre côté. Je prends un récipient contenant de la sauce tomate et je trace un F avec, sur le mur le plus proche. J’entends du remue-ménage dans les salles adjacentes ; il est temps pour moi de filer. Mission accomplie. Je sors par la fenêtre, je la referme derrière moi alors que je vole, et je monte sur le toit du bâtiment. Mon téléphone sonne. Jock. La Famille sait déjà, c’est une certitude. Dans cette ville, derrière l'or les décors et la richesse, les murs ont des oreilles, et les jolies filles du sang sur les mains.




- Opérateur ?
- J’ai reçu un appel masqué venant d’une voix modifiée.
- Que se passe-t-il ?
- Y’a une réunion prévue bientôt. Les trois clans se réunissent dans un lieu qui te sera communiqué le moment voulu.
- Les trois clans, tu es sûr ?
- Absolument Dantès. Les trois généraux des Tontons seront présents, et ta présence est requise auprès de l’homme de confiance du Patron.
- Quel est l’objet de cette réunion ? On n’a pas eu ça depuis pas mal d’années !
- De ce que je sais, les chiens de Canin-Ville vont braquer un casino dans la journée, et on se partage le butin et les chiens qui vont se faire choper par l’un des Tontons. Le reste est vague.
- Je vois, je vais gérer. Rien à dire sur ce soir ?
- Si. Je te prépare ton lit, un bon chocolat chaud et une oreille attentive.
- C’est fini ce temps-là, Opérateur.
- C’est bien ça qui m’inquiète. A tout à l’heure.







Pretend that you owe me nothing
And all the world is green
We can bring back the old days again
When all the world is green




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Ligue M
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MessageSujet: Re: All the world is green [Solo | la Famille]   Mer 17 Oct - 13:12

Chapitre 2 : Le renoncement confère un pouvoir infini  
(Laura)




Thème



Laura
Spoiler:
 





The face forgives the mirror 
The worm forgives the plow 
The questions begs the answer 
Can you forgive me somehow?

Maybe when our story's over 
We'll go where it's always spring 
The band is playing our song again 
All the world is green




Ce qui choque d'abord, quand tu es spectatrice d'un DeathCar clandestin, c'est l'odeur. Entre les gaz et les mecs qui brûlent dans les caisses, l'envie de gerber est bien présente, plus rapidement qu'on pourrait le croire en rentrant dans l'arène. L'odeur de la foule en délire, sa thune qui circule, l'odeur du métal en feu, des chairs enflammées, explosées, démembrées...Renatto m'a confié qu'il adorait ça, que c'était comme une drogue. Avant de venir dans l'arène, je n'y croyais pas, mais en les voyant tous dans leurs bécanes de mort, je finis par lui donner raison ; même si ça m'énerve. Le spectacle n'est pas intéressant, personne n'admire réellement les survivants. Ce qui compte dans le DeathCar, ce sont les paris. L'argent et le spectacle de pyrotechnie involontaire. Rien d'autre. Pensant à cela, je me rends compte qu'on a jamais rencontré un seul gars enrichi sur les paris. Le public se compose de tarés, de maniaques de la défonce automobile, des paumés locaux, des doux dingues de l'explosion, quelques clochards et pour la plupart de pauvres types sans âmes à défendre ou à faire bouffer. De la perte de temps en lingots de sang, par paquet de douze à chaque run. C'est ça le DeathCar. Et si je suis de nouveau de faction ce soir, c'est parce que Renatto y va. Les parieurs sont toujours sur la limite entre la richesse et la ruine totale, entre l'achat d'une villa sur Vice City et le vagabondage. On a donc beaucoup de boulot pour faire raquer les emprunteurs, ceux qui deviennent amnésiques ou carrément condescendants, dans le cas d'une pauvreté nouvelle ou d'une richesse suspecte. C'est ça, le DeathCar. Je m'occupe surtout de récupérer les mises, rappeler les bons souvenirs du Patron, casser des mâchoires. Le type qui ne peut manger que de la soupe pendant deux mois, généralement, il se souvient de toi. De nous. Dans les gradins de l'arène, ce taf ça ressemble un peu à essayer de récupérer du sperme dans un bordel des bas-fonds : faut souvent mettre la main aux couilles et les broyer pour en tirer ce qui en reste de jus. Les mecs comprennent assez bien, une fois broyés dans tous les sens. C'est ça, le DeathCar.

Ce soir Renatto est en affaires sérieuses avec un parieur qui sous-loue ses paris. Le truc est simple : le mec a gagné une putain de fortune parce qu'il est doué. Ok. Ensuite, il engage des parieurs pas dégueus. Il fournit le portefeuille à tout le troupeau. Les mecs s'échangent les paris, les cotes, les rumeurs et surtout, les combines. Le chef les suit et leur donne les meilleurs choix possibles. Quand tout le monde fait le bilan, les gars prennent une commission et le chef en retire des bénéfices. C'est du proxénétisme sans sexe,  du tapinage sans déshonneur. Aussi, une bonne manière d'approcher le milieu et de se faire la main. Mais voilà, le riche parieur avait lui aussi un parieur plus haut placé : le Patron. Une fois qu'il a empoché la somme nécessaire pour se croire indépendant, il s'est réellement cru indépendant. Or rien n'échappe au Patron ; c'est comme ça, le DeathCar. Du coup on envoie Renatto, un Grand Frère, le plus réputé depuis son coup d'éclat qui a fermé les cuisses de la putain Félinia. Réputé mais mal vu par le Patron ; réputé mais complètement cinglé. Donc je joue les gardes-chiourme pour éviter que tout ça ne parte dans une explosion de plus. Je l'ai déjà dit : je déteste l'odeur de la chair qui crame. 

L'avantage avec Renatto, c'est qu'il aime quand tout pète. Idéalement le plus fort et le plus bruyamment possible... c'est à noter quand on fait équipe avec ce fou furieux. Je me permets de me balader dans les allées des gradins, histoire de ramasser deux choses : les ragots et les paris. Avec l'alcool en vente à gogo et peu cher, les types se lâchent aisément sur leurs sièges ; il suffit de s'asseoir pour récolter une mine d'informations qu'on aurait mis une semaine à avoir avec des indics se foutant à moitié de nos tronches. Le boulot a des avantages. Je zieute un peu tout ce qui se passe, se dit et bouge dans l'arène, et c'est là que je la remarque. Habillée comme un mécano, clope au bec et un chignon attrapant des cheveux tirés à la perfection. Des yeux concentrés, grands comme un astre en pleine lumière, et une profonde humanité mise à mal dans ce lieu. Une mécanicienne qui répare des véhicules, en bas, dans le visuel des gradins les moins fréquentés. Pas banale, la fille. J'ai oublié de dire que le DeathCar utilise des véhicules vivants. Les gérants ont trouvé ça plus drôle parce que certains véhicules possèdent des personnalités donc on peut les travailler pendant des années. C'est-à-dire les rendre cinglés, suicidaires, kamikazes, stratèges ou calculateurs. La fille en bas c'est une sorte d'infirmière pour des bêtes de scène, et elle n'a pas l'air franchement ravie. 

Je descends pour la voir et je saute le parapet pour arriver devant elle. Les gars de la sécurité viennent me voir et reculent quand ils s'aperçoivent à qui ils allaient faire des reproches. On ne me connaît pas mais tout le monde me connaît ici, forcément. C'est ça, le DeathCar. 



- Salur, pas trop dur ce soir ?
- Et t'es qui pour me déranger pendant l'massacre ?
- Joy. Je bosse ici de temps en temps.
- Je t'ai vue. T'es avec le voyageur qui fait peur à tout le monde, c'est ça ?
- Affirmatif patronne.
- Alors casse-toi, on a rien à se dire.
- Que t'encadres pas Renatto, j'peux comprendre j'suis dans ce cas, mais moi j'suis assez différente de lui…
- Laisse-moi bosser.



La nana est pas jouasse, ça ne sert à rien d'insister. Je l'observe réparer les bécanes et continuer le job comme si de rien n'était. Renatto finit le job, surveille et dispense ses bons conseils pour rester dans les bonnes grâces du saint-patron de la familia. Tout le monde fait son job et les véhicules explosent flambent hurlent jusqu'au stand de la nana. Y'a qu'une médic ici et faut qu'elle soit mal lunée, pas d'bol pour moi. Renatto a causé à l'indépendant qui veut doubler le Patron, on revient demain soir pour soutirer le reste de la thune. A coup sûr le gars nous entube et gagne du temps pour se casser avec le pactole, la famille et ce qui restera de son réseau après avoir mis les voiles. Mais bon, on a ordre de ne pas donner dans le scandale, parce qu'ici, quand ça pète, les voitures n'ont aucune chance de nous faire de la concurrence. C'est ça, la Famille. On se casse, je laisse Renatto dans un bordel local et je regagne mes pénates dans mon van noir, qui me sert de point de chute un peu excentré, mais jamais loin. Depuis le temps que je bosse dans l'ombre du Patron, je sais très bien qu'une mission d'extorsion peut mal tourner, a fortiori quand tu traînes avec un voyageur qui aimait bouffer de l'humain toutes les nuits. Je me réveille et je me renseigne sur un forum de voyageurs, au sujet de la fille rencontrée dans la nuit. Il existe un forum où il faut montrer patte blanche, mais je viens sous les traits d'un jeune japonais dont j'ai volé l'identité une nuit à la Dream Box. Apparemment il était connu comme le loup blanc dans les milieux autorisés, mais j'ai jamais cherché à en savoir plus. 



La nuit suivante, mêmes odeurs, mêmes explosions, même taré en guise de partenaire. Mais coup de théâtre : le parieur indépendant a ramené la cavalerie. Comprendre : il a acheté un sacré paquet de mercenaires, qui nous entoure. Le paquet en question a dû coûter une blinde, et dans le tas les parieurs s'agitent, remuent et ne sont pas tranquilles. Faut dire, on a notre petite réputation qui nous précède avec Renatto, et y'a des gars ici qui ont eu déjà affaire à nous. Le mec pense pouvoir nous doubler, il n'a pas encore compris que si le Patron nous nomme tous les deux, seulement tous les deux, c'est qu'à deux aucune milice privée ne nous effraie. Ce qui se passe ? Les classiques. Renatto passe en transformation quasi totale et défonce les pantins au corps à corps, puis j'assure les headshots dès que j'ai un angle de tir. Pour se débarrasser des corps on demande à des larbins de les mettre dans des véhicules qui servent généralement de déclencheurs. Ce sont des chevaux de Troie explosifs, qu'on envoie pour mettre l'ambiance quand les bagnoles ne pètent pas dans tous les sens, des fois que les pilotes aient les foies. Cette fois, quelqu'un trouve pas ça normal. La jeune médic s'interpose alors qu'on fait charger un corbillard, qui est pourtant tellement à propos que je commence à penser que Renatto a pris des cours d'ironie entre hier et maintenant. Parlant de lui, de voir une femme lui dire non ça commence à le titiller, et pas au niveau de ce qu'on pourrait penser, plutôt du côté des griffes, des crocs, bref tous les trucs qui déchirent la chair. Je m'interpose d'un bras alors qu'il vient de faire un pas, entouré de son aura de meurtrier débile. 



- Pas touche. Elle est avec moi.
- Avec toi comment ? Sale g…
- Le jour où tu pourras m'insulter sans perdre la vie, Renatto, tu pourras voir tes petits-enfants.
- Tssss...fais comme tu veux, Dantès de mes fesses ! Je te boufferai un jour !
- C'est ça, retourne ta litière, tu comprendras d'où vient l'odeur de ton cerveau. Maintenant tire-toi.


Un échange on ne peut plus classique, n'est-ce pas ? Le ton employé est important, au sein de l'équipe des porte-flingues de la Famille. Lui obéir, c'était admettre que je suis dans la hiérarchie entendue de l'organisation. Lui répondre, c'est lui faire comprendre qu'il n'a aucun pouvoir sur moi. Autant en tant que voyageur qu'en tant que Grand Frère. Je prends mes ordres du Patron, via ses premiers intermédiaires, pas cette espèce de brutasse sans grand avenir. Avec la subtilité d'un démon dans un couvent de vierges, il fait parler de lui dans la Famille mais pas en bien. Ce qui, à un moment, signifie qu'il a ou aura un contrat d'assassinat sur sa petite gueule de merdeux. Je regarde fixement la médic, qui a l'air à la fois condescendante au possible quant à nos manières et notre échange, et terrorisée par le déchaînement passif agressif qu'on a pu mettre en place. Soupirant, je passe sur son côté gauche, cela ne sert à rien d'extrapoler une situation merdique. Mais elle me retient du bras, et je ne sais pas trop comment, on se retrouve en train de picoler dans un bar rock et déjanté de Vice City, avec des Golden Bomba-Up à tomber. La recette est simple, vous accumulez tous les alcools possibles et inimaginables et vous laissez les machines à sous distribuer les cocktails au petit bonheur la chance des consommateurs. Dépendant des stocks de bibines, vous pouvez rendre ça incroyable comme imbuvable, traître au possible ou trop fort pour des petits palais jamais entraînés. Un classique du genre, mais je ne pensais pas que la médic connaîtrait ce genre d'endroits prisés des jeunes de Kazinopolis. Jock m'a confié une fois qu'il avait bossé dans un bar comme ça, avant qu'un incendie totalement involontaire ne le ravage, en emportant quatre pâtés de baraques. Bref, on discute et j'apprends un peu comment elle en est venue à bosser dans le DeathCar. Une histoire de dettes envers un club de motos vivantes, les Hells Healeuses. Elle avait appris les rudiments de la mécanique, et le soin sur véhicule vivant. Une ou deux bastons plus tard, les motos motardes avaient disparu et elle s'était retrouvée toute seule chez le club adverse, affiliée à la Famille et surtout au DeathCar. Pour respecter sa promesse, mais aussi pour finir sa formation de soigneuse de véhicules vivants, elle avait accepté le job et elle était restée au DeathCar. Chemin de vie marrant d'une nana qui n'a jamais eu froid aux yeux. 


La fin de la nuit est calculée au millimètre. Je lui montre Mylène, elle grimpe dedans, je lui grimpe dessus, on se grimpe mutuellement dans les règles de l'art, dans l'art des réglées. On finit la nuit à l'arrière de mon van, accrochées l'une à l'autre comme si on roulait sur une autoroute à sens unique. Laura a les mains calleuses et dures, mais douces dans l'intime. Moi, je ne sais plus caresser que pour aiguiser mes armes, et ma séduction est la meilleure de mon arsenal. Je lui raconte mon histoire, j'omets les points les plus noirs, et surtout, je commence à lui parler de mon plan. Les chiens de Canin-Ville en lien avec la Famille vont bientôt faire le partage d'un casse. Je veux prendre la place de Renatto avant ça, et le plus tôt sera le mieux. C'est Laura qui a trouvé l'idée finalement. Je pourrais dire que je l'ai aidée, mais parler de se débarrasser de cet enfoiré lui a donné des ailes insoupçonnées, et une cruauté qui aurait fait d'elle une bonne candidate pour rentrer dans nos bonnes œuvres. 


L'idée est simple, il faut éviter le corps à corps. Je le chope, je lui bloque ses capacités et surtout son morphing. Pour ça, drogue, alcool, un savant mix des deux. Les pilotes prennent des trucs pour affronter l'horreur du DeathCar, mais ce qu'on ne sait moins, c'est que les voitures sont aussi chargées qu'eux ! Laura me fournit, je m'occupe de bourrer Renatto, on le chope, on le ligote, on le met dans une vieille guimbarde dégueulasse prête à péter, et le tour est joué. Mort avec les honneurs. Il faut maintenant une excuse pour le Patron...une folie passagère ? Un pari qui a mal tourné ? Une obligation ? Là, on a séché pendant pas mal de temps, mais Laura a trouvé. Un truc imparable, simple comme bonjour. Renatto a parié contre les paris, contre les parieurs. Contre le Patron, quoi. Il a parié, il est monté dans la caisse. Le pactole lui tendait les bras, mais on lui a coupé les coudes. C'est ça, le DeathCar. 


Pas besoin de vous faire un dessins, ça a marché comme sur des roulettes. Enfin des roues, plutôt grosses, chaudes et inflammables. On a d'abord pensé que Renatto était parti dans la première explosion, mais il est sorti des flammes, défiguré, noir et rouge de son propre sang, sentant l'essence et surtout la rage de se voir dans cet état. Trahi. Humilié. Incandescent. Le dernier adjectif est de Laura - après coup, ça m'a fait rire. Mais on a failli virer au drame. Le mec se relève en plein milieu de l'arène, il me cherche du regard, bien énervé. On l'aurait été à moins, je le concède. Il me trouve, il bondit en activant son pouvoir. Il a dû dépasser l'état dans lequel l'a plongé le cocktail, il arrive comme une balle. Laura a vu le truc et vient s'interposer, comme dans un juste retour des choses. Bonne fille. Ses bras deviennent des portières et encaissent les chocs du Renatto en feu. L'odeur qu'il dégage est insupportable, et là on arrive à la deuxième partie du plan. On ne pensait pas la faire, mais tant pis. J'attaque, Laura envoie des pots d'échappement à la place de ses bras et l'accroche. Elle se dégage, les pots d'échappement restent et elle n'a plus de bras. Contrepartie problématique de son pouvoir. J'ai déjà placé des formules sur les pots, et je l'envoie droit sur un véhicule, en vol, en vitesse exponentielle. Dans le choc, Laura a préalablement ajouté un réservoir avec de l'essence sur le ventre de Renatto. Il ne l'a pas vu, mais elle, elle a dû le sentir : elle s'est séparée de sa vessie, vous n'imaginez pas ce que ça peut être. Elle se retourne et tire droit dans le ventre du Renatto en vol, qui explose et se mange un capot qui explose à son tour. Qui rencontre une voiture qui explose à son tour. Qui rencontre un camion, qui rencontre un mur...affaire conclue. En voyant ça, les parieurs ont poussé des cris de joie, et c'était pour une fois pas pour le DeathC ar. 


Le problème dans tout ça, c'est que Laura a dû arrêter de bosser sur le DeathCar. Comme on a foiré la partie « Renatto meurt dans la caisse », tout le monde l'a vue combattre. Elle est partie, après une dernière nuit dans Mylène. J'ai appris qu'elle bossait dans un cabinet d'avocats, à Seattle. L'occasion de prendre des vacances à l'autre bout du monde. Après ça, la Famille me tendait un peu plus les bras ; je peux enfin devenir une Grande Soeur.

The show must go on.




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