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All the world is green [Solo | la Famille]

Joy Killamanjiro
Ligue M
Joy Killamanjiro
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All the world is green [Solo | la Famille] Dim 4 Fév - 14:18

Chapitre 1. De l’inconvénient d’être née.
(Morgane)




Thème



Morgane
Spoiler:
 





I fell into the ocean 
And you became my wife 
I risked it all against the sea 
To have a better life

Morgy you are the wild blue sky 
Men do foolish things 
You turn kings into beggars 
Beggars into kings






Toujours le même rêve. Je suis à ses côtés dans un bar de Kazinopolis. Elle drague une autre fille, elle boit un verre que j’ai concocté ; je connais toutes ses formules. Toutes. Pas une qui n’échappe à ce que j’ai en tête, dans les yeux. Je connais toute l’existence de ce liquide, du verre, tous les rapports de proportion, le dosage, les proportions, le poids, l’inertie dans la main ; chaque défaut et aussi ce qui compose le mélange. J’arrive, en poussant les formules, à savoir même où se trouvent les résidus invisibles à l’œil nu...poussières d’usine, cuves mal nettoyées, l’air ambiant du bar fait d’humidité, d’odeurs de parfums, encens, produits de nettoyage. Je sais voir, je peux tout voir. Pendant que j’analyse le breuvage, elle est partie avec la fille. Je me suis perdue dans mes contemplations ; elle est partie sans que je m’en aperçoive. Puis je me tourne je tombe nez à nez avec son visage qui sourit. Il devient celui de Lili-Anna ; je sens alors l’éclair gris et froid de l’acier qui entre dans mon abdomen. Assassinée. Tuée. La fin du monde des rêves. Je suffoque, je veux crier et ma bouche tordue s’ouvre comme la gueule d’un serpent. Rien ne sort. Ni cri ni larme ni l’horreur de mon corps paralysé. Elle sourit et vient lécher chacune de mes lèvres abandonnées, livrées à ses vices. Je me réveille en sursaut dans ma chambre, dans le monde des rêves. Je me rappelle que je suis voyageuse : qu’à force de ne rien faire, je m’endors dans Dreamland, et je tombe dans des rêves qui n’ont rien à envier aux cauchemars que les voyageurs doivent battre chaque nuit. J’ai déjà un pouvoir, je suis donc condamnée à vivre ces cauchemars dans Dreamland, me réveiller depuis ma chambre que je partage en collocation avec la quinzaine de frères de Jock, mon Opérateur, mon seul ami et mon confident. Une des raisons qui pourrait me pousser au suicide ; si je n’avais pas une montagne d’ennemis à abattre.



- Dis Joy, tu vis ou tu rêves ?
- Les voyageurs ne savent pas répondre à cette question, Morgy.
- Mais toi, tu le peux, j’en suis sûre.
- Je pourrais m’en tirer avec une pirouette. Une connerie qui fleure bon la vieille philosophie rance, qui n’est au final qu’une question de formule. « Je vis mes rêves et je rêve ma vie ». Ce serait la réponse des voyageurs, elle est jolie et concise. Mais naturellement fausse.



Elle me sourit. Avec sa compassion dont elle camoufle toujours l’intensité, derrière ses lunettes de soleil et sa classe de femme fatale. Morgane, ma rencontre du moment. Je parle de rencontre, car on ne s’aime pas ; on ne fait que se fréquenter - faire parler nos entrecuisses quand on s’ennuie. Même pas un plan cul, même pas un amour ; juste une rencontre. Une créature qui s’ennuyait depuis des siècles au Royaume Chlorophylle. Elle était fleuriste, comme une bonne partie des créatures du royaume ; elle s’ennuyait ferme. Partie une nuit, jamais revenue. Elle fut chanteuse, danseuse dans le Dream Box, à faire la pute de luxe, la cruche pour des hommes en manque de tout. Serveuse, animatrice à Félinia, combattante de catch à Fightland...elle a eu dix mille métiers, des situations improbables ; des amours à la pelle, toutes foireuses. Les meilleures comme les pires. Elle recherche la rencontre, ici elle est servie, je ne suis qu’un mauvais présage. Un mirage de passage. Un insecte éphémère qu’elle se plaira à allumer comme un feu juste avant la pluie. Elle me sourit et ses yeux derrière ses lunettes noires me font l’amour, je le sais, je le sens. Je connais la formule.


- Tes collocs sont là ce soir ?
- Non, mais je dois bosser pour mon patron.
- Encore ? Tu le préfères à moi, c’est ça ?
- Carrément ! Je vois ses yeux de temps en temps, au moins !
- D’accord, j’ai compris ! Je vais aller draguer une fille, juste pour te rendre jalouse ! Tu as ton patron, j’ai bien le droit de trouver une petite travailleuse moi aussi !
- Malgré tes lunettes de façade, je sais que tu rigoles avec la patte d’oie de tes yeux.
- Tricheuse !



J’ai reçu une mission depuis deux jours : c’est pour cette nuit. Un magnat qui veut racheter une parcelle de la Forêt des Rêves pour transformer le bois en meubles bon marché. Encore un salaud qui va défoncer la beauté naturelle du monde pour son propre profit. Vendre des merdes inutiles à des créatures qui vont s’endetter pour acheter ce dont elles peuvent se passer. Tout ça ne me regarde plus ; les idéaux c’était avant, quand j’espérais encore défendre la beauté du monde. Quand ce monde méritait d’être sauvé, à commencer par les Seigneurs. Or, dans les rêves ou dans la vie réelle, les puissants restaient proches des salauds, et les salauds s’étalaient sur mes ordres de mission. Une manière comme une autre de rendre la justice. Je me prépare dans un local dont je suis la seule à connaître l’existence ; je recharge mon téléphone mobile pour rester en contact avec mon Opérateur, Jock bien sûr, qui connaît très bien mes rituels de mort imminente : ne pas me déranger avant, me surveiller pendant, me tenir compagnie après. Il m’est arrivé, une fois, d’avoir l’envie tenace de quitter les rêves – définitivement. Je ne répondais plus aux appels de l’Opérateur, il m’a tracé et m’a retrouvé sur le toit du plus grand casino de Kazinopolis. Il a sauté avec moi dans le vide, j’ai activé ma formule de vol pour le sauver. Juste lui, oui. C’est à ce moment que j’ai basculé. J’ai pris conscience que l’avenir ne dépendait toujours que de moi. Pour citer Cummings : un homme menacé doit savoir retrousser ses manches, hisser le drap noir, et commencer à couper des gorges. J’ai commencé par la mienne, de gorge, et j’ai fait la liste sur mon drapeau de tous les cous qu’il me restait à couper avant de sauter pour de bon dans le grand vide. Que je vive, que je rêve, qu’importe. Mais à partir de cette nuit, j’ai su. Je n’étais jamais seule. Jock est, malgré ses bêtises, celui qui donnerait sa vie pour me sauver. Je me suis aperçue que je ne pourrais jamais lui rendre la pareille. La fragilité de la vie humaine nous rend égoïste, dans Dreamland. J’ai également su qui j’étais : une prisonnière en sursis. Et à ce moment précis, tout s’est éclairé. Prisonnière en sursis, je n’avais plus rien à perdre ; plus rien à avoir encore plus à perdre, plus exactement. J’étais donc la plus libre possible ; la plus libre de cette ville, la plus libre pour mettre en place le futur tel que je le concevais. Tout commença à ce moment.



Je me mets en route ; au volant de Mylène, comme souvent. Je me mets toujours assez loin du lieu-dit, pour éviter le repérage facile. On me connaît dans la Famille, on sait  dans quoi je roule. Après l’arrêt, je m’envole et je disparais comme une balle. Je sais qu’ils ont des yeux et des oreilles partout, autant en diminuer le nombre le plus possible. J’arrive dans la zone, un restaurant chic de la ville, au dernier étage d’une tour qui fait office de casino, hôtel de luxe, restaurant, boîte de nuit, salons privés, piscines sur les balcons. Bien sûr le tout est d’une confidentialité criminelle. Je repère toujours la cible une à deux heures avant, pour faire une échelle de difficultés. Si c’est impossible, je repousse l’heure de l’exécution. Si c’est possible, je blinde l’endroit de formules. Imparable. La Famille le sait bien, je suis la meilleure actuellement en ville. Aucune faute. Aucun repérage. Aucune bavure. Aucun tir en trop. Chirurgicale et dangereuse, qu’ils ont marqué sur ma fiche. Tremblez, les gars, vous trembleriez encore plus si vous saviez ce que je prépare pour vos carcasses pitoyables. J’esquisse un sourire dans ma tenue de soirée, une robe qui fleure bon la bourgeoise entretenue, les cheveux lissés et relâchés vers l’arrière.



Tenue de la nuit:
 




C’est un vêtement à la fois court comme il faut pour happer les regards envieux, et tout à fait à propos dans la place. Ça pue la thune et le sexe, les salauds les pervers les furieux et les prêts-à-tout-pour-tirer-un-coup. A force de fréquenter Kazinopolis, je me dis qu’il y a un truc à savoir sur cette ville. On met de côté Athia dans l’équation. Généralement, plus c’est richement décoré, plus ça cache l’odeur de la merde qui dégouline de partout. Ici on met du doré au-dessus du puits de chiasse, mais quand tu connais bien les habitudes, tu vois bien le bouillon, la mélasse merdique qui va t’exploser à la gueule. Ça forme un tout. Après un tour aux machines à sous, me voilà donc au restaurant, à quelques tables de la cible. Assez beau gosse, le gars. Je m’attendais à un bedonnant chauve et avec des complexes à la pelle, c’est complètement l’inverse qui se trouve sur ma liste à abattre. Haut, fort, fier, belle gueule et de ce que je peux entendre, il monopolise la conversation en faisant rire les créatures masculines autour de la table. Il mange les plats les plus chers et en laisse la moitié. Il veut montrer qu’il a les moyens et qu’il peut tout se permettre. Tout en le regardant, je déguste mon entrée et un verre de vin blanc, cuvée spéciale des vignes carmin du Royaume de l’Alcool. Un pur délice. C’est criminel d’en laisser la moitié juste pour la frime.



Puis je la vois arriver. Morgane. Accompagnée par trois filles habituées des marches pécuniaires. Oh, je ne me fais aucune illusion. Je sais qu’elle arrondit ses fins de mois à l’aide du talent naturel de son cul, mais là je dois avouer que ça tombe mal. C’est le problème avec les rencontres : j’ai toujours du mal à les laisser en vie si elles se dressent sur mon chemin. Elle s’assoit à côté d’un des types, pas la cible. Mais elle est rigole beaucoup, comme je ne l’ai jamais vue rigoler. Elle n’a pas ses lunettes de soleil ; je la découvre artificielle et mondaine. Avec toute sa beauté, son impertinence qui passe par l’arête de son nez que j’embrasse souvent, les rides de son front quand elle pose une question, ses yeux qu’elle ne me réserve qu’entre nous  ; mi-clos quand elle sent l’orgasme déferler dans son corps. Soudain, alors que je sors mes billes les unes après les autres et que je les dispose dans toute la salle, elle me regarde. Elle m’a vue, quelques instants avant. Je le vois à sa tête, encore choquée mais impassible ou presque. Le regard fixe, on se met à se parler les yeux dans les yeux ; c’est une scène de rupture qui m’ouvre en deux, comme le tranchant gris et froid de l’acier dans l’abdomen. Bien sûr elle ne sait pas pourquoi je lui donne ce regard, elle le sait, juste. On s’est assez rencontré pour le savoir. Une larme est abandonnée sur sa joue fardée pour plaire, et les hommes autour d’elle la questionne. Mais elle me regarde. Donc, ils me regardent.



Ça va assez vite, surtout quand je ne suis pas d’humeur. Les trois pyramides rouge sang se plantent dans le corps de la cible, qui n’a pas le temps de hurler. Une pyramide au front, l'autre dans un poumon, la dernière au cœur. Je m’assure toujours de bien tuer, on sait jamais. Les billes fracassent les crânes des hommes et des femmes autour de la table. Il n’y a eu aucun cri sauf celui de Morgane, qui attire du coup les clients en train de manger et les serveurs. Je tourne sur moi-même et je fais valser les couteaux dans les gorges. Dix secondes plus tard, la salle est totalement déserte, les cuisiniers se sont enfuis depuis les cuisines et j’ai tué le maître d’hôtel qui a tenté de me tirer dessus. Restaurant criminel : tu ne portes pas d’armes quand tu sers la bouffe, question de logique. Implacable. Je m’avance vers Morgane, qui me découvre elle aussi pour la première fois.



- Alors c’est ça, ton patron ?
- Oui. Je te renvoie la question.
- Depuis quand tu fais ça ?
- Depuis que je ne suis plus Joy, mais Dantès.
- Dantès, l’assassin de la Famille dont on parle en ville ?! C’est toi ?
- Manifestement. Morgane, prépare-toi.
- Joy...non ! Je t’en supplie, ne fais pas ça ! On s’aime ! Hein on s’aime ? Je suis ta nana, tu me l’as dit ! Je sais que tu as des sentiments ! Écoute je...je m’en fiche de ton métier ! Je peux faire tout ce que tu veux pour toi, tu le sais bien ! Je suis sûre que je peux te faire arrêter de tuer ! Crois-moi, tout ça, ça peut s’arrêter ! Fais-moi confiance !
- Morgane, tu as oublié tes lunettes de soleil. Je sais quand tu mens, tes pupilles s’agrandissent. Ils ont tous le même regard quand ils me supplient.
- Qui ?
- Mes cibles.
- Oh non non non ! Non Joy ! NON ! Arrête je t’en prie ! Pitié !!
- C’est rien de personnel, Morgane, c’est juste une mauvaise rencontre.



Pas le temps pour elle de hurler, elle est déjà morte à l’intérieur. Pour ça qu’elle me séduisait. Son corps retombe ; une pyramide a fracassé son cou et est ressortie de l’autre côté. Je prends un récipient contenant de la sauce tomate et je trace un F avec, sur le mur le plus proche. J’entends du remue-ménage dans les salles adjacentes ; il est temps pour moi de filer. Mission accomplie. Je sors par la fenêtre, je la referme derrière moi alors que je vole, et je monte sur le toit du bâtiment. Mon téléphone sonne. Jock. La Famille sait déjà, c’est une certitude. Dans cette ville, derrière l'or les décors et la richesse, les murs ont des oreilles, et les jolies filles du sang sur les mains.




- Opérateur ?
- J’ai reçu un appel masqué venant d’une voix modifiée.
- Que se passe-t-il ?
- Y’a une réunion prévue bientôt. Les trois clans se réunissent dans un lieu qui te sera communiqué le moment voulu.
- Les trois clans, tu es sûr ?
- Absolument Dantès. Les trois généraux des Tontons seront présents, et ta présence est requise auprès de l’homme de confiance du Patron.
- Quel est l’objet de cette réunion ? On n’a pas eu ça depuis pas mal d’années !
- De ce que je sais, les chiens de Canin-Ville vont braquer un casino dans la journée, et on se partage le butin et les chiens qui vont se faire choper par l’un des Tontons. Le reste est vague.
- Je vois, je vais gérer. Rien à dire sur ce soir ?
- Si. Je te prépare ton lit, un bon chocolat chaud et une oreille attentive.
- C’est fini ce temps-là, Opérateur.
- C’est bien ça qui m’inquiète. A tout à l’heure.







Pretend that you owe me nothing
And all the world is green
We can bring back the old days again
When all the world is green




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Joy Killamanjiro
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Re: All the world is green [Solo | la Famille] Mer 17 Oct - 13:12

Chapitre 2 : Le renoncement confère un pouvoir infini  
(Laura)




Thème



Laura
Spoiler:
 





The face forgives the mirror 
The worm forgives the plow 
The questions begs the answer 
Can you forgive me somehow?

Maybe when our story's over 
We'll go where it's always spring 
The band is playing our song again 
All the world is green




Ce qui choque d'abord, quand tu es spectatrice d'un DeathCar clandestin, c'est l'odeur. Entre les gaz et les mecs qui brûlent dans les caisses, l'envie de gerber est bien présente, plus rapidement qu'on pourrait le croire en rentrant dans l'arène. L'odeur de la foule en délire, sa thune qui circule, l'odeur du métal en feu, des chairs enflammées, explosées, démembrées...Renatto m'a confié qu'il adorait ça, que c'était comme une drogue. Avant de venir dans l'arène, je n'y croyais pas, mais en les voyant tous dans leurs bécanes de mort, je finis par lui donner raison ; même si ça m'énerve. Le spectacle n'est pas intéressant, personne n'admire réellement les survivants. Ce qui compte dans le DeathCar, ce sont les paris. L'argent et le spectacle de pyrotechnie involontaire. Rien d'autre. Pensant à cela, je me rends compte qu'on a jamais rencontré un seul gars enrichi sur les paris. Le public se compose de tarés, de maniaques de la défonce automobile, des paumés locaux, des doux dingues de l'explosion, quelques clochards et pour la plupart de pauvres types sans âmes à défendre ou à faire bouffer. De la perte de temps en lingots de sang, par paquet de douze à chaque run. C'est ça le DeathCar. Et si je suis de nouveau de faction ce soir, c'est parce que Renatto y va. Les parieurs sont toujours sur la limite entre la richesse et la ruine totale, entre l'achat d'une villa sur Vice City et le vagabondage. On a donc beaucoup de boulot pour faire raquer les emprunteurs, ceux qui deviennent amnésiques ou carrément condescendants, dans le cas d'une pauvreté nouvelle ou d'une richesse suspecte. C'est ça, le DeathCar. Je m'occupe surtout de récupérer les mises, rappeler les bons souvenirs du Patron, casser des mâchoires. Le type qui ne peut manger que de la soupe pendant deux mois, généralement, il se souvient de toi. De nous. Dans les gradins de l'arène, ce taf ça ressemble un peu à essayer de récupérer du sperme dans un bordel des bas-fonds : faut souvent mettre la main aux couilles et les broyer pour en tirer ce qui en reste de jus. Les mecs comprennent assez bien, une fois broyés dans tous les sens. C'est ça, le DeathCar.

Ce soir Renatto est en affaires sérieuses avec un parieur qui sous-loue ses paris. Le truc est simple : le mec a gagné une putain de fortune parce qu'il est doué. Ok. Ensuite, il engage des parieurs pas dégueus. Il fournit le portefeuille à tout le troupeau. Les mecs s'échangent les paris, les cotes, les rumeurs et surtout, les combines. Le chef les suit et leur donne les meilleurs choix possibles. Quand tout le monde fait le bilan, les gars prennent une commission et le chef en retire des bénéfices. C'est du proxénétisme sans sexe,  du tapinage sans déshonneur. Aussi, une bonne manière d'approcher le milieu et de se faire la main. Mais voilà, le riche parieur avait lui aussi un parieur plus haut placé : le Patron. Une fois qu'il a empoché la somme nécessaire pour se croire indépendant, il s'est réellement cru indépendant. Or rien n'échappe au Patron ; c'est comme ça, le DeathCar. Du coup on envoie Renatto, un Grand Frère, le plus réputé depuis son coup d'éclat qui a fermé les cuisses de la putain Félinia. Réputé mais mal vu par le Patron ; réputé mais complètement cinglé. Donc je joue les gardes-chiourme pour éviter que tout ça ne parte dans une explosion de plus. Je l'ai déjà dit : je déteste l'odeur de la chair qui crame. 

L'avantage avec Renatto, c'est qu'il aime quand tout pète. Idéalement le plus fort et le plus bruyamment possible... c'est à noter quand on fait équipe avec ce fou furieux. Je me permets de me balader dans les allées des gradins, histoire de ramasser deux choses : les ragots et les paris. Avec l'alcool en vente à gogo et peu cher, les types se lâchent aisément sur leurs sièges ; il suffit de s'asseoir pour récolter une mine d'informations qu'on aurait mis une semaine à avoir avec des indics se foutant à moitié de nos tronches. Le boulot a des avantages. Je zieute un peu tout ce qui se passe, se dit et bouge dans l'arène, et c'est là que je la remarque. Habillée comme un mécano, clope au bec et un chignon attrapant des cheveux tirés à la perfection. Des yeux concentrés, grands comme un astre en pleine lumière, et une profonde humanité mise à mal dans ce lieu. Une mécanicienne qui répare des véhicules, en bas, dans le visuel des gradins les moins fréquentés. Pas banale, la fille. J'ai oublié de dire que le DeathCar utilise des véhicules vivants. Les gérants ont trouvé ça plus drôle parce que certains véhicules possèdent des personnalités donc on peut les travailler pendant des années. C'est-à-dire les rendre cinglés, suicidaires, kamikazes, stratèges ou calculateurs. La fille en bas c'est une sorte d'infirmière pour des bêtes de scène, et elle n'a pas l'air franchement ravie. 

Je descends pour la voir et je saute le parapet pour arriver devant elle. Les gars de la sécurité viennent me voir et reculent quand ils s'aperçoivent à qui ils allaient faire des reproches. On ne me connaît pas mais tout le monde me connaît ici, forcément. C'est ça, le DeathCar. 



- Salur, pas trop dur ce soir ?
- Et t'es qui pour me déranger pendant l'massacre ?
- Joy. Je bosse ici de temps en temps.
- Je t'ai vue. T'es avec le voyageur qui fait peur à tout le monde, c'est ça ?
- Affirmatif patronne.
- Alors casse-toi, on a rien à se dire.
- Que t'encadres pas Renatto, j'peux comprendre j'suis dans ce cas, mais moi j'suis assez différente de lui…
- Laisse-moi bosser.



La nana est pas jouasse, ça ne sert à rien d'insister. Je l'observe réparer les bécanes et continuer le job comme si de rien n'était. Renatto finit le job, surveille et dispense ses bons conseils pour rester dans les bonnes grâces du saint-patron de la familia. Tout le monde fait son job et les véhicules explosent flambent hurlent jusqu'au stand de la nana. Y'a qu'une médic ici et faut qu'elle soit mal lunée, pas d'bol pour moi. Renatto a causé à l'indépendant qui veut doubler le Patron, on revient demain soir pour soutirer le reste de la thune. A coup sûr le gars nous entube et gagne du temps pour se casser avec le pactole, la famille et ce qui restera de son réseau après avoir mis les voiles. Mais bon, on a ordre de ne pas donner dans le scandale, parce qu'ici, quand ça pète, les voitures n'ont aucune chance de nous faire de la concurrence. C'est ça, la Famille. On se casse, je laisse Renatto dans un bordel local et je regagne mes pénates dans mon van noir, qui me sert de point de chute un peu excentré, mais jamais loin. Depuis le temps que je bosse dans l'ombre du Patron, je sais très bien qu'une mission d'extorsion peut mal tourner, a fortiori quand tu traînes avec un voyageur qui aimait bouffer de l'humain toutes les nuits. Je me réveille et je me renseigne sur un forum de voyageurs, au sujet de la fille rencontrée dans la nuit. Il existe un forum où il faut montrer patte blanche, mais je viens sous les traits d'un jeune japonais dont j'ai volé l'identité une nuit à la Dream Box. Apparemment il était connu comme le loup blanc dans les milieux autorisés, mais j'ai jamais cherché à en savoir plus. 



La nuit suivante, mêmes odeurs, mêmes explosions, même taré en guise de partenaire. Mais coup de théâtre : le parieur indépendant a ramené la cavalerie. Comprendre : il a acheté un sacré paquet de mercenaires, qui nous entoure. Le paquet en question a dû coûter une blinde, et dans le tas les parieurs s'agitent, remuent et ne sont pas tranquilles. Faut dire, on a notre petite réputation qui nous précède avec Renatto, et y'a des gars ici qui ont eu déjà affaire à nous. Le mec pense pouvoir nous doubler, il n'a pas encore compris que si le Patron nous nomme tous les deux, seulement tous les deux, c'est qu'à deux aucune milice privée ne nous effraie. Ce qui se passe ? Les classiques. Renatto passe en transformation quasi totale et défonce les pantins au corps à corps, puis j'assure les headshots dès que j'ai un angle de tir. Pour se débarrasser des corps on demande à des larbins de les mettre dans des véhicules qui servent généralement de déclencheurs. Ce sont des chevaux de Troie explosifs, qu'on envoie pour mettre l'ambiance quand les bagnoles ne pètent pas dans tous les sens, des fois que les pilotes aient les foies. Cette fois, quelqu'un trouve pas ça normal. La jeune médic s'interpose alors qu'on fait charger un corbillard, qui est pourtant tellement à propos que je commence à penser que Renatto a pris des cours d'ironie entre hier et maintenant. Parlant de lui, de voir une femme lui dire non ça commence à le titiller, et pas au niveau de ce qu'on pourrait penser, plutôt du côté des griffes, des crocs, bref tous les trucs qui déchirent la chair. Je m'interpose d'un bras alors qu'il vient de faire un pas, entouré de son aura de meurtrier débile. 



- Pas touche. Elle est avec moi.
- Avec toi comment ? Sale g…
- Le jour où tu pourras m'insulter sans perdre la vie, Renatto, tu pourras voir tes petits-enfants.
- Tssss...fais comme tu veux, Dantès de mes fesses ! Je te boufferai un jour !
- C'est ça, retourne ta litière, tu comprendras d'où vient l'odeur de ton cerveau. Maintenant tire-toi.


Un échange on ne peut plus classique, n'est-ce pas ? Le ton employé est important, au sein de l'équipe des porte-flingues de la Famille. Lui obéir, c'était admettre que je suis dans la hiérarchie entendue de l'organisation. Lui répondre, c'est lui faire comprendre qu'il n'a aucun pouvoir sur moi. Autant en tant que voyageur qu'en tant que Grand Frère. Je prends mes ordres du Patron, via ses premiers intermédiaires, pas cette espèce de brutasse sans grand avenir. Avec la subtilité d'un démon dans un couvent de vierges, il fait parler de lui dans la Famille mais pas en bien. Ce qui, à un moment, signifie qu'il a ou aura un contrat d'assassinat sur sa petite gueule de merdeux. Je regarde fixement la médic, qui a l'air à la fois condescendante au possible quant à nos manières et notre échange, et terrorisée par le déchaînement passif agressif qu'on a pu mettre en place. Soupirant, je passe sur son côté gauche, cela ne sert à rien d'extrapoler une situation merdique. Mais elle me retient du bras, et je ne sais pas trop comment, on se retrouve en train de picoler dans un bar rock et déjanté de Vice City, avec des Golden Bomba-Up à tomber. La recette est simple, vous accumulez tous les alcools possibles et inimaginables et vous laissez les machines à sous distribuer les cocktails au petit bonheur la chance des consommateurs. Dépendant des stocks de bibines, vous pouvez rendre ça incroyable comme imbuvable, traître au possible ou trop fort pour des petits palais jamais entraînés. Un classique du genre, mais je ne pensais pas que la médic connaîtrait ce genre d'endroits prisés des jeunes de Kazinopolis. Jock m'a confié une fois qu'il avait bossé dans un bar comme ça, avant qu'un incendie totalement involontaire ne le ravage, en emportant quatre pâtés de baraques. Bref, on discute et j'apprends un peu comment elle en est venue à bosser dans le DeathCar. Une histoire de dettes envers un club de motos vivantes, les Hells Healeuses. Elle avait appris les rudiments de la mécanique, et le soin sur véhicule vivant. Une ou deux bastons plus tard, les motos motardes avaient disparu et elle s'était retrouvée toute seule chez le club adverse, affiliée à la Famille et surtout au DeathCar. Pour respecter sa promesse, mais aussi pour finir sa formation de soigneuse de véhicules vivants, elle avait accepté le job et elle était restée au DeathCar. Chemin de vie marrant d'une nana qui n'a jamais eu froid aux yeux. 


La fin de la nuit est calculée au millimètre. Je lui montre Mylène, elle grimpe dedans, je lui grimpe dessus, on se grimpe mutuellement dans les règles de l'art, dans l'art des réglées. On finit la nuit à l'arrière de mon van, accrochées l'une à l'autre comme si on roulait sur une autoroute à sens unique. Laura a les mains calleuses et dures, mais douces dans l'intime. Moi, je ne sais plus caresser que pour aiguiser mes armes, et ma séduction est la meilleure de mon arsenal. Je lui raconte mon histoire, j'omets les points les plus noirs, et surtout, je commence à lui parler de mon plan. Les chiens de Canin-Ville en lien avec la Famille vont bientôt faire le partage d'un casse. Je veux prendre la place de Renatto avant ça, et le plus tôt sera le mieux. C'est Laura qui a trouvé l'idée finalement. Je pourrais dire que je l'ai aidée, mais parler de se débarrasser de cet enfoiré lui a donné des ailes insoupçonnées, et une cruauté qui aurait fait d'elle une bonne candidate pour rentrer dans nos bonnes œuvres. 


L'idée est simple, il faut éviter le corps à corps. Je le chope, je lui bloque ses capacités et surtout son morphing. Pour ça, drogue, alcool, un savant mix des deux. Les pilotes prennent des trucs pour affronter l'horreur du DeathCar, mais ce qu'on ne sait moins, c'est que les voitures sont aussi chargées qu'eux ! Laura me fournit, je m'occupe de bourrer Renatto, on le chope, on le ligote, on le met dans une vieille guimbarde dégueulasse prête à péter, et le tour est joué. Mort avec les honneurs. Il faut maintenant une excuse pour le Patron...une folie passagère ? Un pari qui a mal tourné ? Une obligation ? Là, on a séché pendant pas mal de temps, mais Laura a trouvé. Un truc imparable, simple comme bonjour. Renatto a parié contre les paris, contre les parieurs. Contre le Patron, quoi. Il a parié, il est monté dans la caisse. Le pactole lui tendait les bras, mais on lui a coupé les coudes. C'est ça, le DeathCar. 


Pas besoin de vous faire un dessins, ça a marché comme sur des roulettes. Enfin des roues, plutôt grosses, chaudes et inflammables. On a d'abord pensé que Renatto était parti dans la première explosion, mais il est sorti des flammes, défiguré, noir et rouge de son propre sang, sentant l'essence et surtout la rage de se voir dans cet état. Trahi. Humilié. Incandescent. Le dernier adjectif est de Laura - après coup, ça m'a fait rire. Mais on a failli virer au drame. Le mec se relève en plein milieu de l'arène, il me cherche du regard, bien énervé. On l'aurait été à moins, je le concède. Il me trouve, il bondit en activant son pouvoir. Il a dû dépasser l'état dans lequel l'a plongé le cocktail, il arrive comme une balle. Laura a vu le truc et vient s'interposer, comme dans un juste retour des choses. Bonne fille. Ses bras deviennent des portières et encaissent les chocs du Renatto en feu. L'odeur qu'il dégage est insupportable, et là on arrive à la deuxième partie du plan. On ne pensait pas la faire, mais tant pis. J'attaque, Laura envoie des pots d'échappement à la place de ses bras et l'accroche. Elle se dégage, les pots d'échappement restent et elle n'a plus de bras. Contrepartie problématique de son pouvoir. J'ai déjà placé des formules sur les pots, et je l'envoie droit sur un véhicule, en vol, en vitesse exponentielle. Dans le choc, Laura a préalablement ajouté un réservoir avec de l'essence sur le ventre de Renatto. Il ne l'a pas vu, mais elle, elle a dû le sentir : elle s'est séparée de sa vessie, vous n'imaginez pas ce que ça peut être. Elle se retourne et tire droit dans le ventre du Renatto en vol, qui explose et se mange un capot qui explose à son tour. Qui rencontre une voiture qui explose à son tour. Qui rencontre un camion, qui rencontre un mur...affaire conclue. En voyant ça, les parieurs ont poussé des cris de joie, et c'était pour une fois pas pour le DeathC ar. 


Le problème dans tout ça, c'est que Laura a dû arrêter de bosser sur le DeathCar. Comme on a foiré la partie « Renatto meurt dans la caisse », tout le monde l'a vue combattre. Elle est partie, après une dernière nuit dans Mylène. J'ai appris qu'elle bossait dans un cabinet d'avocats, à Seattle. L'occasion de prendre des vacances à l'autre bout du monde. Après ça, la Famille me tendait un peu plus les bras ; je peux enfin devenir une Grande Soeur.

The show must go on.




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Joy Killamanjiro
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Re: All the world is green [Solo | la Famille] Sam 2 Fév - 15:54

Chapitre 3 : On n'est malheureuse que parce qu'on a une idée trop nette sur le bien et le mal.
(Cabossiora)


Thème :



Cabossiora
Spoiler:
 






Moon is yellow silver 
Oh, the things that summer brings 
It's a love you'd kill for 
And all the world is green

He's balancing a diamond 
On a blade of grass 
The dew will settle on our graves
When all the world is green









Une heure avant d’entrer en scène. Je me prépare dans une suite de Kazinopolis, aux frais de la Princesse. Jamais su si Athia avait des parts dans la Famille, mais les suites qu’on loue valent bien une tonne d’essence de vie, envoyée directement dans les caisses du Royaume...m’est avis qu’on doit les retrouver quelque part dans les nôtres à un moment. Maquillage paré, remise en forme musculaire, préparation de ce qu’il faudra si ça part en baston générale.
Billes de bois dans toutes les poches, pyramides prêtes à être dégainées, j’ai rajouté des lames ici et là, des accessoires comme de petits flingues et un mince gilet de mailles qui peut faire déraper une lame pour éviter de me faire poignarder à l’ancienne. En dessous, je pars pour la guerre. En apparence, face au miroir qui doit coûter à lui seul plus cher que la baraque de la mère de Jock, je suis une beauté fatale, typique de ce coin-ci de la familia. Rien d’étonnant. Golde m’a prévenue, on se met sur le trente et un et on laisse faire ce qui doit être fait. Pas de Tonton de Kazinopolis ce soir, il veut savoir si je mérite ma place de Grande Sœur. Il serait temps, après des années de bons et surtout loyaux services, que je commence à voir le bout d’un grade, juste histoire de me faire respecter autrement qu’en défonçant régulièrement une bonne partie des troupes de la concurrence. En ajustant le chapeau et le dernier nœud, je repasse les informations données par Jock.  

Les chiens de Canin-ville ont fait un casse de casino dans la quatrième région du Royaume des Richesses. On ne connaît pas l’étendue du butin mais comme ils sont liés à la mafia typée asiatique, ils ont appelé tout le monde en renfort. Selon nos informations, les Darons et les Grands Frères feront le déplacement, ça leur donnera l’occasion de discuter business, territoires, ressources humaines. Une façon aimable de dire que tout peut se passer durant cette entrevue, les clebs servent de prétexte et le brainstorming post-casse à des chances de tout faire péter dans la baraque de la mafia. Mais les trois Tontons sont malins, ils ne casseront pas pour si peu, pas sur un rendez-vous de chiens, pas comme ça. Une chose qu’on oublie parfois au sujet de la Famille : le crime doit se faire avec une classe et une élégance mesurées, choisies, calculées, soupesées…

En d’autres termes, c’est une vérification des troupes, pour savoir si l’ennemi qui est un allié tend plus vers le premier, ou plutôt vers le second. Tout ça pour jauger des forces, pour se remettre à niveau ou pour confirmer des rumeurs. C’est arrivé de temps en temps, avant des changements mineurs. Car les suites de ces réunions se déroulent toujours dans le plus grand secret, à huis clos, parmi les intéressés. On oubliait les morts et on avançait, toujours. Pour le bien de la Famille, il faut être capable de beaucoup de mauvaises choses. C’est une des leçons que j’ai retenu du Patron, et je pense que ce serait pas loin d’être une de ses nombreuses devise : « si vis pacem, para bellum ». Si tu veux la paix, prépare d’abord la guerre. J’ai repris cette idée à mon compte. Avant j’étais une voyageuse idéaliste portée sur l’équilibre et la croyance tenace en la paix - plus que tout. Je ne voyais pas que certains ne méritent qu’une bille dans la tête à la place de bons mots fleuris et tendres sur la nécessité du pacifisme pour le développement global de Dreamland. Non, ça, ça emmerde tout le monde, quand ces mêmes personnes comprennent bien mieux et bien plus vite une tête ouverte par une de mes billes. Le dialogue par la mort, tout à fait, comme ça tu es sûre d’avoir toujours raison et de clore les débats comme tu l’entends. On finit par parler toute seule dans une suite luxueuse qui dépasse une bonne partie des richesses moyennes de Dreamland, et de visser un chapeau trop grand pour paraître une femme du monde en apparence, une femme de mort en-dessous. Qu’importe le flacon, dit-on, pourvu qu’on ait l’ivresse. Je me lève, je suis prête, déjà ivre et avec l’envie d’en découdre. La Famille m’attend, il est temps de se descendre.




Tenue de la nuit



Bugatti Royale:
 



J’ai demandé une Bugatti Royale pour me rendre sur les lieux. L’avantage avec Dreamland c’est que tout ce qui est intouchable dans le monde réel devient rapidement une évidence à peu de frais, surtout quand c’est l’organisation qui régale. Un modèle de 1932 m’attend, superbe, taillé dans l’élégance même, avec un je-ne-sais-quoi de totalement aristocrate déchue en perte de son compte en banque -  aucunement de ses valeurs. Les autres clans de la Famille n’y comprendront rien, mais ça fait partie d’un tout. Un chauffeur, une créature formée à la conduite dans le Royaume Automobile m’escorte, je monte à l’arrière et contemple la ville qui commence à défiler à côté de mes vitres. Il n’est pas surprenant de trouver ce genre de véhicules ici, je peux observer les gens qui passent à mes côtés sans les alerter, attirer les regards. C’est l’avantage de l’or, il obsède et envahit tout l’espace visuel, un éléphant de marbre pourrait passer à côté que les gens ne feraient attention qu’au misérable lingot en vitrine, juste à côté. La ville hypnotise par sa profusion et l’or divin apparaît comme un pendule d’espoir, espérances et le mieux possible pour le futur. Je me suis toujours demandée comment la région pouvait être aussi connue, la quantité peut donner de l’écœurement, ou de la banalité ...mais non, ils y reviennent, créatures, rêveurs, et même les voyageurs se laissent prendre au piège. Certains disent que ça souille le rêve, je crois plutôt que l’or et les monnaies sont parmi les rêves les plus forts, les plus fous...et on limite les vannes d’argent justement pour cette raison. Continuer de rêver à quelque chose.

La Bugatti se gare devant un entrepôt paumé dans la périphérie du Royaume. Elle jure effroyablement avec le délabrement du hameau sans doute vidé de ses habitants pour accueillir les porte-flingues et les surveillants du casse. Peut-être qu’il s’agit d’un faux village, un truc créé de toutes pièces qui sert de planque pour un morceau de notre organisation. Tout est possible, quand on a les moyens. Je sors, sous bonne escorte. La voiture va se garer avec les autres, plus loin. Je suis entouré par des chiens armés, certains cagoulés, deux voyageurs typés asiatiques et une créature que je reconnais pour avoir bosser avec elle. Il est en quelque sorte le secrétaire du Daron de Golde, un homme de main, un homme à tout faire, souvent le pire. Je ne remets plus son nom, derrière mes lunettes noires je cache ma surprise de le voir. Lui en soi, c’est pas important, mais sa présence signifie que le Daron n’est pas là. Je vais être toute seule pour gérer la partie de Golde, et c’est justement ce qu’il me dit à l’oreille tandis qu’on est amené dans une immense salle dans l’entrepôt. La salle contient une table, dessus une centaine de lingots d’essences de vie en rangée. Il faut compter une cinquantaine de rangées pour avoir le compte exact du casse. Des chiens fument pas loin de nous et regardent les nouveaux arrivants. Je reconnais Doug Wilson, un doberman mal vieilli qui fume de gros cigares en essayant d’analyser les nouveaux venus. Une sale bête, si j’ai bonne mémoire. Viré de Canin-ville pour des tentatives d’assassinats sur la Reine Cheyenne. De l’autre côté, la partie qui a l’air américaine, mais version un peu clocharde. Jamais su d’où ils venaient mais le petit groupe a ce côté à la fois totalement oriental et américain, une sorte de jeunesse éternelle dans un désert. Peut-être Rokhan, peut-être un autre désert du côté de Ras’en Haal, je n’en sais rien. Les pontes du côté asiatique ne sont pas encore arrivés, ça me laisse le temps de faire le tour de la table. Le silence se fait, c’est la crainte. Si je suis seule, sans accompagnement autre que le secrétaire du bras droit, ils pensent que c’est mauvais signe, et entre nous, ils n’ont pas forcément tort. Mes ordres peuvent changer dans l’instant et ils seraient tous morts ou presque, pour l’instant j’vois pas qui pourrait me faire de la concurrence en matière de meurtres. Parlant de ça, je regarde Doug Wilson qui se fige, la tension vient de monter d’un cran juste parce que j’ai bougé.


- Je pensais voir Caramel ce soir...il est parti foutre le bordel ailleurs ou c’est juste parce qu’il s’ennuyait trop avec vous ?
- Il viendra demain soir pour finaliser notre accord.
- C’est vrai que Caramel est nécessaire pour ce genre de choses. Vous comptez doubler qui ?
- On se calme Dantès. On a simplement jugé plus prudent de ne pas le convoquer le premier soir, pour les...présentations ?
- Dommage, je préfère l’ambiance légère qu’il amène à vos tronches d’enterrement.


Le secrétaire me fait un signe discret. Ok je ferme ma gueule, mais les choses sont dites. Sans Caramel la soirée risque d’être longue et en plus ennuyante. Surtout il y a autre chose, je suis pressentie comme Grande Sœur, Caramel est un Grand Frère...on verra sans doute notre homologue de la Famille partie asiatique, mais pas son Daron, à tous les coups. Je redescends un peu en pression, ça veut dire que le coup n’est pas si gros que ça. Prise d’informations ? Y’a un truc qui cloche quand même. Beaucoup de bruits pour rien, on m’a prévenu en avance par rapport à d’autres coups bien plus importants...non y’a un truc qui cloche.

Le fleuve de mes pensées s’arrête quand la délégation asiatique apparaît enfin, après dix minutes d’intense silence palpable et tendu. C’est rare d’avoir les trois clans de chaque Tonton dans une même pièce, autour de l’essence de vie pour changer. Comme je le pressentais, c’est Noda Wae qui ouvre la marche...pas que je ne l’aime pas, mais je le trouve pas mal ronflant et pompeux quand il parle, et surtout quand il parle de lui. Encore un qui essaie d’améliorer son CV personnel plutôt que de penser au groupe, bien sûr. Selon ce que j’entends, il est retenu pour être le prochain Daron, voire le remplaçant du Tonton des asiatiques. Grand bien lui fasse. Il est accompagné par une petite nana aux lèvres pulpeuses et au regard absent. Une nouvelle ? Le secrétaire me glisse à l’oreille qu’il s’agit de la fameuse Cabossiora, dit Cabo, une nouvelle voyageuse de la Famille qui a été « achetée » après un massacre à Aquarya. L’Impératrice des Eaux voulait l’exécuter en public parce qu’elle a tué des gardes royaux, mais la Famille l’a faite sortir plutôt efficacement, et elle se retrouve avec une impossibilité de faire autre chose de ses nuits, exactement comme moi. Une assassine sur le marché, si je comprends bien. Je la scrute derrière mes lunettes noires, et son regard  me croise alors que je suis en train de deviner son pouvoir. Elle est dure, sans illusions sur Dreamland, elle a souffert, elle ne souhaite pas être là mais elle n’a plus rien. Je crois que c’est bien ce que je vois. Son supérieur prend la parole, derrière son masque habituel.


- Bonsoir à tous ! On n’a pas de temps à perdre ce soir je crois, alors pressons. Vous autres avez le luxe, mais nous, nous œuvrons réellement pour la Famille, et le temps c’est de l’argent, disent les voyageurs, hein Cabo ? Bien, de ce que je sais on doit de faire le partage, c’est ça ? On m’a dit qu’on prenait 40 % mais je pense qu’une bonne partie devrait revenir aux chiens qui ont fait le casse, vous ne trouvez pas ?


Un silence notoire accueille ses questions. On sait tous pourquoi il demande ça. D’ailleurs je me demande même pourquoi il tente l’entourloupe. Y’a que des dalleux et des chacals ici, prêts à tout pour un grade supplémentaire, une promotion et un signe d’approbation des supérieurs. On sait tous ce qu’il en est, des questions de Noda Wae. Il prend la température, essaie d’établir l’ordre des cartes présentes dans sa main, pour jouer au mieux la partie du poker qu’il engage sans prévenir. Premier tour : déterminer les responsables, ensuite tenter de les affermir pour mieux les amadouer. Sinon engager dès le départ un bras de fer avec les plus récalcitrants, noter les dangereux et envoyer un assassin si le con d’en face se montre un peu trop obtus. C’est arrivé à bon nombre de Frangins dans l’histoire de la Famille, mais le bonhomme sait ce qu’il fait : il est juste un poil trop confiant.

Les clébards qui ont fait le casse suivent du regard Doug Wilson qui semble avoir un arrêt cardiaque. Qu’on lui donne une bonne part, ça il pouvait s’y attendre, mais que les asiatiques refusent un 40 % pour une opération qu’ils n’ont pas faite, ça sent le problème. Mais le problème est encore plus grand, c’est que Doug Wilson ne le voit pas immédiatement. Il ne pige pas que c’est de l’enfumage pour lancer des discussions, bref, de la rhétorique de fouteur de merde. Noda Wae sait très bien que le chiffre de 40 % est interdit dans les négociations entre les trois clans, a fortiori quand les auteurs du bordel sont présents et que le partage s’annonce pénible. Il joue avec eux, mais les deux autres clans ne sont pas dupes. Les yankees esquissent un sourire puis se reprennent en suivant l’allongement du silence de Wilson, et je reste impassible, j’attends un geste, une réaction. Ne pas bluffer ni se dévoiler tout de suite, c’est une évidence, mais surveiller tout le jeu est encore plus évident quand on connaît les bonhommes. Doug déglutit et prend lentement la parole, comme s’il se défendait dans son propre procès. Clairement pas l’homme qu’il faut dans cette situation, mais personne chez eux n’a la folie douce de Caramel, et c’est pourquoi c’était lui que j’attendais avant de rencontrer les débiles alignés derrière lui. Il prend la parole avec cet air caractéristique d’un gars qui a son pénis coincé dans sa braguette.


- On...L’accord doit être finalisé demain soir en la présence de Caramel. C’est...enfin ce sont les informations qu’on a reçu.
- On peut discuter quand même un petit peu ce soir non ? Avec Cabo on ne s’est pas déplacé pour voir ta bouille enfumée, je pense que tu peux comprendre ça, au moins.


Les chiens se tendent. Ce « au moins » donne le ton, surtout en fin de phrase. Je me marre intérieurement, même si je n’en montre rien à l’extérieur. Envoyer ce con de Noda Wae, c’était un risque à prendre pour son côté de la Famille. Il pense être supérieur à tout le monde, quasiment sans exception. Un signe caractéristique qui pourrait bien le mener à sa fin, un jour. Violente, selon toutes les probabilités qu’on peut dresser à son sujet. Doug Wilson est un peu limité, il est vrai, mais il a compris l’insulte et il est à deux doigts de sauter sur l’autre. Si les réputations respectives n’étaient pas connues de tout le monde, ça partirait en combats et en tuerie massive. Mais ils se connaissent et ils savent l’un comme l’autre qu’ils n’ont aucun bénéfice à tirer d’une guerre ouverte partant sur quelques dizaines de milliers d’essences de vie. Doug se reprend et commence à sourire. Il abat les cartes et il va jouer au molosse pour assurer le show, à tous les coups. Les clébards de Canin-ville ne savent que discuter à partir de leurs propres codes, comme s’ils étaient des règles établies clairement pour tout le monde. Risible, mais à ne pas prendre à la légère tout de même.


- On a demandé 23 % pour le groupe. Tu sais pourquoi on a choisi précisément ce pourcentage, au moins, garçon ?
- Laisse-moi aligner mes neurones sur les tiens, je devrais pouvoir y  arriver, oui. Les deux Tontons qui n’ont pas encore pris la parole ne sont pas spécialement emballés par l’affaire, ils vont prendre 18 % pour Dantès et 21 % pour les Traders...on prend 38 % et vous les chiens vous prenez 23 % pour les risques, les dépenses du casse et le partage équitable mais pas salopard, si je me rappelle bien de vos termes.
- C’est ça, 23 % au lieu de 21...cadeau de votre supérieur.
- Il n’était pas forcément d’accord et insiste sur les 40 %. Je lui ai dit qu’une bonne partie devait vous revenir, hein, après tout c’est vous qui avez fait l’essentiel du boulot. Avec l’appui et le prêt de nos clans, on est d’accord. Bon, si tout le monde est ouvert sur les chiffres proposés, est-ce vraiment nécessaire d’attendre demain ?
- Demain Caramel doit venir pour conclure l’accord qui va lier les chiens de Canin-ville avec la Famille. Le début d’une longue coopération, si vous le voulez bien.
- On le veut, on le veut. Vous avez peur qu’on attaque une fois l’argent sorti, en fait ?
- Nous n’avons peur d’aucuns d’entre vous présents ce soir, mais ce qui a été annoncé avant le casse doit être respecté après le casse.
- On va respecter ça, vous avez raison. Attendons un jour de plus, dans ce cas. Quelqu’un sait où on peut aller discuter, manger et boire en toute tranquillité dans la région ?


Les regards se tournent vers le secrétaire du Daron de Golde. Je sers vraiment de porte-flingue dans cette affaire, tout a déjà été conclu avant, et celui qui gère la partie divertissement indique une adresse à tous les groupes. Je m’occupe de la surveillance du convoi et je me mets à léviter en suivant les véhicules. Des gardes des trois clans sont laissés pour la surveillance. C’est risqué de laisser autant d’essences de vie, mais là aucun des clans n’essaiera de les voler par la violence, sans quoi la guerre ouverte serait déclarée. Non, pas pour si peu. Ou alors ils essaieront d’autres choses, plus sournoises, plus louvoyantes. Je surveille l’avancée et le trajet et je remarque que Noda Wae et sa camarade me suivent du regard. J’ai l’habitude d’être observée mais là je sens qu’ils prennent des informations, ils savent quoi en faire, ils ne viennent pas juste pour observer. Il y a un but et des idées derrière toutes les têtes, mais celle de Noda Wae m’inquiète bien plus que les autres. Je hausse les épaules tandis que les véhicules s’arrêtent. Ce qui est bien, avec la Famille, c’est que toutes les intuitions se vérifient rapidement, dans le feu et le sang.

Le bouge est une plaque tournante pour Golde, un endroit pour recevoir digne d’un palace, avec les vices contenus dans tous les bordels, les casinos, maisons de jeux et de passes mais de luxe bien sûr. Des restaurants, des machines à sous, showrooms backrooms et des boîtes de nuit sur une dizaine d’étages, derrière l’enseigne d’un palace qui illumine Kazinopolis comme tant d’autres. Le lieu est connu de quasiment toute la Famille, et on sait toujours qui sont les invités sur le tapis rouge du hall d’entrée. Rien n’est laissé au hasard, signe que Golde surveille tout depuis un endroit tenu secret, juste au cas où. J’arrête ma surveillance quand les gros bas prennent le relais. Le calme est dans tous les corps, rien ne se passera ici. L’amusement est comme un code chez les mafieux, on évite les tueries dans ce qui sert de tiroir-caisse depuis toujours, question de logique et de bon sens. Je me pose à un énorme comptoir, les notes au frais du Patron pourront s’enchaîner. La dénommée Cabossiora vient près de moi et ne dit rien, il suffit cependant d’un regard, après une heure sans aucun mot, pour qu’on file ensemble vers une suite située dans les derniers étages. Je ne sais pas si elle ouvre les cuisses pour obtenir des informations, ou si on se fait du bien pour mieux se tuer demain ou après-demain, mais elle connaît le métier. Elle aime les femmes, et depuis longtemps. Sans un mot, tout est dans le geste, plutôt comme la caresse. Tout ça sans jamais connaître nos pouvoirs ni nos passés. Le charme de la partie asiatique telle que peut le vanter Golde Lion de temps en temps. J’y ai droit, et je dois avouer que j’ai fini la session comblée.

Cabossiora est une amante passionnée, mais pas le genre à rester alanguie et molle. Elle se rhabille sans rien dire, elle me fixe. Puis, remettant ses armes comme il faut là où il faut pour faire mal, elle crève le silence comme un plaisir interdit.


- Demain soir, on va tous vous tuer.


Elle se casse et claque la porte sans rien dire. Je repose la tête sur l’oreiller. J’ai envie de prendre un bon bain, avec de la musique, un bourbon sur de la glace pilée. Puis maudire la Famille qui nous transforme et nous empêche de vivre normalement. J’adore ça. On parle forcément de ceux qui nous font du bien, mais on oublie à tort de parler de ceux qui nous font du mal, et qui nous entoure. Nous enlace. Je mets un kimono fleuri blanc et bleu et je zieute la ville depuis la baie vitrée. Ville d’or et de merde, ville de plaisirs et du vice assouvi. Demain soir, c’est dans une éternité. A cet instant j’ai encore le goût de Cabo partout en moi, même dans ma détestation. Demain soir, c’est encore trop loin. Demain soir, dans un mois, dans un an...





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Re: All the world is green [Solo | la Famille] Dim 3 Fév - 13:37

Chapitre 4 : Il n'y a rien de plus énigmatique que la joie.
(Lili-Anna)


Thème :



Lili-Anna
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J’ai beaucoup de citations en tête tandis que je fais les derniers préparatifs. Par exemple : « l’homme accepte sa mort, mais non l’heure de sa mort ». « Qu'est-ce qu'une défaite nous apporte ? Une vue plus exacte de nous-mêmes ». Ou encore ça : « Une obsession est un problème qui, pour n'avoir su le résoudre au moment voulu, nous accompagne toute notre vie ». Les assassins sont des obsessionnels, jamais résolus, jamais dans l’abandon ou le relâchement de soi et du monde vibrant tout autour d’eux. Le meurtre n’est qu’une obsession à résoudre, simplement. Je reviens en arrière. J’ai accepté ma mort et son heure, et tout est là ; on se donne l’idée de la mort par l’éloignement et tout va bien, mais l’heure de la mort crée une barrière. Mes cibles le savent bien, elles changent du tout au tout en apprenant qu’on vient les tuer. Entre les deux, la défaite, le vaincu se voit tel qu’il est , et bien souvent c’est  misérable, désemparé, impuissant.
Je finis ma tenue pour ce soir. Il y aura des morts, c’est une certitude. Avec Caramel en plus, impossible que ça ne parte pas en sucette totale. Si je dois choisir une citation forte à propos dans ces circonstances, je prendrais largement celle-là de Cummings : « un homme menacé doit retrousser ses manches, hisser le drapeau noir et commencer à couper des gorges ». C’est l’esprit de ma préparation, j’ai doublé le nombre de billes de bois, elles sont disponibles dans toutes mes poches. Six pyramides de bois, sortie d’une mallette spécifique que j’utilise dans les cas d’urgence où mon pouvoir va prendre cher en énergie. Pour camoufler le tout j’opte cette nuit pour la même tenue bleu marine, avec une cape blanche qui dissimule des couteaux dans tous les sens, et pour cette fois un flingue fabriqué sur mesure capable d’envoyer mes billes de bois alors que j’ai alourdi le poids de ces dernières. Des billes explosives qui fracassent tout une fois qu’elles rencontrent de la chair. Quatre grenades fumigènes et un mince gilet pare-balles sous la tenue de haute couture. Je suis prête pour la guerre, reste à savoir si la guerre est prête pour moi...la Famille a de la ressource, je lui fais confiance.




J’arrive dans la même Bugatti Royale de 1932, même chauffeur et mêmes visages à la sortie de l’entrepôt. Les visages sont plus détendus, me semble-t-il. Bande d’idiots, incapables de voir des règlements de comptes quand ils sont devant leurs yeux. A moins que Cabossiora ne m’est dit n’importe quoi juste pour me faire flipper...juste, peut-être, pour me faire foirer le deal ? Quel serait son intérêt ? Le groupe de Golde n’a qu’un pourcentage minime et je dois avouer que l’affaire m’intéresse uniquement que de loin. Non, il y a autre chose. Je le comprends maintenant, quelque chose m’a échappé. Nous a échappé. Les asiatiques sont au courant de quelque chose, les chiens ignorent qu’ils le savent, les Traders et ma pauvre pomme on se fait balader. Ouais, c’est ça la vue globale du délire, je crois. J’ai bien fait de me préparer pour la guerre, parce qu’en arrivant avec des cartes manquantes dans les paumes, je vais mettre plus de temps pour raccorder tous les wagons sur les rails des mafias concurrentes.

Dans le hangar, les chiens de Doug Wilson sont là ; Cabossiora aussi, aux côtés de Noda Wae. Les Traders ne sont pas arrivés et on attend donc que moi, ainsi que Caramel. La tension est plutôt calme pour commencer, c’est mauvais signe. Ils se tiennent prêts, plus du tout stressés et le repas commun a dû délier les langues ou mettre les choses au clair. C’est pas bon pour la partie de Golde, ça sent le traquenard à plein nez, à partir de maintenant je sais que je peux m’attendre à tout. Cabossiora m’adresse un regard impassible d’où pointe imperceptiblement de la surprise. Elle ne s’attendait pas à me voir là ? Je souris en coin. J’en ai vu d’autres. Les lingots sont toujours là, sous bonne surveillance, mais ce soir personne ne prend ouvertement la parole. Je ne sais pas trop comment ça va se goupiller, le secrétaire qui m’accompagnait ne montre pas le bout de son nez, je suppose que ce sera à moi de récupérer la cargaison et de l’envoyer chez le Patron...à moins que…ça remue au-dehors de l’entrepôt et on peut tous entendre un éclat de rire caractéristique de cleui qu’on attend.

Caramel fait enfin son entrée, mais il n’est pas seul. Je dois avouer que je m’attendais à tout, mais pas à elle. Le chien de la Famille, ce fou furieux qui joue à la ba-balle est accompagnée par le Collectionneur, Regalia en personne. Je comprends tout de suite que ça pue violemment. Regalia est la deuxième personne la plus thunée de Dreamland, à force de faire des coups de pute comme personne n’a jamais fait parler d’elle en faisant des coups de pute. Si elle est là, c’est qu’il y en a sur le feu, et qu’on est tous dans une merde noire. Je savais déjà que je ne pourrai pas lutter contre le pouvoir de Caramel si ça en vient à se mettre sur la gueule, mais avec Regalia c’est encore plus compliqué, c’est une des meilleures clientes de la Famille et son bras excessivement long peut tous nous faire condamner si on fait un pas de travers. Elle semble assez concernée et ne zieute que le tas de lingots sur l’énorme table surchargée. Caramel lui a un sourire de circonstances, prêt à toutes les folies. On dirait qu’il s’amuse et qu’il se moque de nous ouvertement, sans aucune considération pour les conséquences qui arrivent par le premier train à grande vitesse droit vers nos gueules. Noda Wae à la bouche serrée derrière son masque et Cabossiora suit les mouvements du chien. Lui, il est d’une autre trempe que le menu fretin de Doug, on le sait tous.


- Bonsoir les connards, vous auriez pas un bon steak à bouffer, je commence à avoir une dalle monstrueuse ! Si j’ai bien capté c’est ici que ça se passe !
- Aniki, qu’est-ce que le Collectionneur fait là ?
- Calme ta douleur, frérot, elle est avec moi c’est une pote femme !
- C’était pas ce qui était prévu.
- Si tout se passait comme c’était on se ferait grave chier mec ! C’est la Famille ici ou le club du troisième âge ? Allez les frérots, déconnez pas ! Personne ne veut m’envoyer un bâton sérieux ? C’est pas le moment de faire le partage ? Je m’en occupe alors !


Caramel dispose les lingots pour créer des séparations, sous l’œil de Regalia. Doug Wilson voit sa part arriver et la sueur qui coule le long de son cul commence à se dissiper. La part des asiatiques arrive à son tour sous les yeux impassibles de Cabossiora et Noda Wae ne semble pas bouger pour l’instant. Il pose simplement les yeux derrière son masque et remarque la petite montagne de lingots, bien plus petite que ce qui était prévu initialement par les pourcentages énoncés hier, et sûrement rappelés lors du dîner. Il s’avance, Caramel dresse ses oreilles et la tension monte d’un cran quand il voit la part des Traders être à la place de la sienne. Le troisième Tonton est clairement en train de les entuber, Caramel n’a jamais été avec les chiens de Canin-ville, selon toutes les rumeurs le concernant c’est une évidence qui m’apparaît seulement maintenant, je pousse en mon for intérieur un juron puissant. Le bordel commence. Noda Wae veut prendre la parole mais c’est Regalia qui s’interpose, avec un gant traversé d’éclairs bleutés. Elle passe la main sur la montagne de lingots revenant aux Traders et un lingot change de forme pour apparaître comme une tête de chacal en ivoire, en lapis-lazuli et dorée. Une merveille, sans doute un trésor ou un artefact camouflé par de la magie pour passer pour un objet lambda. Les yeux du Collectionneur s’agrandissent et semblent émus de la trouvaille. Elle prend délicatement la tête ouvragée et la range dans une boîte et dans un sac à côté d’elle. Elle relève les yeux et foudroie Noda Wae du regard. Première sommation.


- Cet objet s’appelle le Dieu Sakor, un trésor oublié de Myriade. Sakor dirigeait la partie égyptienne de Myriade il y a de ça plusieurs siècles, et sa tête sculptée vaut plusieurs millions d’essences de vie. Autant dire que ça ne vous concerne plus, et que j’ai tout l’argent nécessaire pour le récupérer. Je savais que l’objet était camouflé et j’ai retrouvé un vieux mage qui a survécu à l’attaque du feu il y a longtemps, et qui a assisté au camouflage de ce magnifique trésor. Ça fait cinq ans que je fouille tous les lingots d’essences de vie pour le retrouver, et c’est maintenant chose faite. Maintenant, si vous voulez votre part, ma garde privée à l’extérieur vient de tuer tous vos hommes de main, je serai donc ravie de parlementer avec vous sur cet échange hum...équivalent ?
- Vous avez volé la part qui nous revenait de droit ! Ce n’était pas dans l’accord !
- Quel accord ? Je ne fais pas partie de la Famille, ce dont vous parlez ne me concerne pas. Mais je suis sûr que vous saurez régler ça entre vous !
- Joue pas au con Noda, t’as juste été doublé par tes employeurs, chie ta crotte et tire-toi !


Les provocations sont arrivées à leurs termes. Je pose déjà toutes les formules de poids nécessaires pour la suite des opérations. L’aura de Noda Wae monte en flèche et Cabossiora zieute déjà ses angles d’attaque. Le Collectionneur sourit et ses hommes apparaissent dans l’embrasure de l’entrée de l’entrepôt. Des chiens, encore. Des mercenaires. Tout en sachant que c’est une pure folie, Noda Wae passant vraiment pour le dindon de la farce, il charge directement Regalia qui hausse un sourcil réellement étonné. Caramel s’interpose et veut riposter mais deux shurikens arrivent sur son avant-bras, lancé par Cabossiora. Une invocatrice d’armes ? Avec des spécificités, d’après ce que j’ai pu voir dans l’instant. Encore du mouvement je suis des yeux, et finalement Noda Wae parvient à feinter Caramel et essaie de frapper Regalia par une diversion de Cabossiora qui arrive sur le côté gauche de Caramel. Je m’interpose et cloue le Grand Frère des asiatiques, protégeant de facto le Collectionneur. Par conséquence, Noda peut en déduire que je suis mouillée dans l’histoire, côté Regalia. D’un regard, je dis à la femme de se casser mais les chiens de Canin-ville de Doug Wilson s’interposent. D’une formule je les couche tous au sol, et j’envoie mes billes de bois voler vers eux pour en tuer un maximum. Ça commence, on entre dans mon élément.

Première chose, si Regalia est touchée ce partage de thunes peut lancer une guerre ouverte entre les trois clans de la Famille. Je balance deux grenades fumigènes tandis qu’elle sort escortée par ses mercenaires, eux aussi des chiens, sans doute présents dans le groupe depuis le début, je n’ai pas fait vraiment attention. Le diable se cache dans les détails, dit-on, et Regalia se cache quant à elle absolument partout dans Dreamland, avec plusieurs coups d’avance sur tout le monde. Caramel se fritte contre Cabossiora et logiquement Noda voudra en finir avec moi. Je sors mon flingue et le charge de billes explosives, tandis que mes couteaux servent à finir les chiens qui ne savent plus où se mettre. Les lingots ont valsé depuis longtemps des tables, je comprends que l’argent présent ici n’a aucune valeur, tout était préparé pour le Collectionneur qui vient de s’enfuir. Qui est au courant ? Le secrétaire, les Traders...sans doute les Tontons qui ont refusé de mêler trop de gens importants à cette histoire, et qui ont conforté un bon contact dans son rôle pour prendre des commissions importantes...Ils avaient dansé dans la paume des dirigeants de la Famille, et ils dansent encore à ce moment précis à se mettant sur la gueule comme des rageux.

Noda revient vers moi. Il tente de me blesser pour utiliser son pouvoir. De ce que je sais, il utilise la douleur pour l’amplifier. Je ne sais pas vraiment comment ça fonctionne, mais il va falloir s’adapter dans l’instant. Il n’a plus les formules de poids, et avant de faire quoi que ce soit il me faut une stratégie et un angle d’attaque suffisant pour le mettre le plus vite possible en grande difficulté. Je sors mes pyramides et les fait tourner autour de mes poignets, trois de chaque côté. Je tire sur Noda quand je l’ai en visuel mais il est rapide au corps-à-corps alors que ce n’est pas mon fort. Un coup de pied circulaire dans le ventre et je vois un cube rouge et blanche apparaître sur la zone touchée par son pied, et la douleur augmente jusqu’à me faire hurler de douleur. J’entends son rire en entendant mes cris. Ce qu’on dit sur lui est donc vrai, il prend son pied à faire souffrir ses adversaires. Je tombe au sol et Doug Wilson me tombe à son tour dessus, sans pitié. Deux hommes avec lui. Je sors ma troisième grenade fumigène et je les plante avec mes couteaux, mais ils ont le temps de me planter deux fois, à l’épaule et au flanc droit, et de lancer une balle qui traverse ma clavicule, trop haute pour qu’elle soit dangereuse. Par contre, j’ai trois blessures avec ça.

Un bon point pour moi, je suis débarrassée des chiens de Canin-ville. Doug Wilson est au sol avec deux couteaux dans les genoux, j’ai transpercé ses hommes au cou pour qu’on me laisse tranquille. La fumée se dissipe et Noda apparaît juste au-dessus de moi, bondissant et avec un coup de pied d’une puissance démesurée. Il se donne à fond. Je pare son coup du bras mais l’épaule me fait mal et je suis expulsée contre un mur. J’envoie mes pyramides mais c’est trop tard, il a vu mes blessures et les cubes de douleur amplifiée rouges et blancs frappent de nouveau. Je suis crispée au sol, assommée par la douleur. Bon sang, avec une condition physique de malade je suis pas du tout avantagée.


- Amène-toi Dantès, j’ai toujours rêvé de te péter les dents et de faire sauter tes yeux qui formulent ton pouvoir complètement pété ! Tu vas connaître la douleur de m’avoir combattu !
- Tu...tu ne sais rien...de la douleur.


De nouveaux cubes apparaissent et je prends la sauce encore une fois. Je hurle tandis qu’il vient toujours en bondissant, et d’un coup de pied renversé il me frappe au dos, me plaque au sol et rajoute un cube de douleur sur sa frappe. Je suis clouée au sol, il me domine complètement. C’est une force de la nature avec un pouvoir bien utilisé, un vrai Grand Frère. Il s’approche de moi et me contemple, il forme des cubes de douleur plus petits que les précédents, pour former des douleurs minimes mais présentes en continu juste pour montrer qu’il peut me faire autant de mal qu’il le désire. Il s’approche encore et les cubes diminuent mais sont de plus en plus nombreux. Je comprends assez vite l’intérêt de son pouvoir : si une douleur amène un cube, alors un cube peut amener un autre cube, ainsi de suite jusqu’à la mort de son adversaire. C’est un pouvoir à effet boule de neige. Pourquoi ne pas lui envoyer la pareille, dès lors ? Je pose une formule de poids en algorithme et je charge les exposants. Il est ciblé, il me reste maintenant à sortir de sa vision. Il a le même poids faible que moi, la vue. Je fais s’envoler ma dernière grenade fumigène tandis qu’il grossit les cubes de douleurs en me voyant agir. J’ai mal, mais dans l’adrénaline de la dernière attaque, je passe outre autant que je peux ! Je mets en place un quadrillage et j’active les déplacements vectoriels en volant à un centimètre du sol. Je passe dans une vitesse importante pour qu’il me perde du regard, et surtout avec ce con de masque il doit avoir des angles morts que je cherche. Il me reste la moitié des billes, et tandis que l’algorithme développe encore ses exposants, je lui envoie des rafales pour tester ses angles morts. Après quelques passes et déplacements, il parvient à rendre mon épaule et mon bras inutilisables. Il vise le dos pour me bloquer mais j’ai repéré l’angle mort parfait. Je déclenche l’algorithme et il tombe au sol, comme plaqué par une force de gravité très importante. Il commence à se relever, c’est une véritable force de la nature mais avec les déplacements vectoriels je suis au-dessus de lui, poing chargé, os et peaux durcis, assez pour le mettre KO. Mon bras est arrêté par la gueule de Caramel qui me mord.


- PUTAIN CARAMEL LÂCHE MON BRAS !!!
- Tg petite conne ! Si tu le tues son Tonton sera obligée de commander ton meurtre ! C’est ça que tu veux ? J’crois pas non ! Remercie-moi plutôt et paie moi une bonne entrecôte !


Il se tient debout, quasiment sans blessures, juste des éraflures et un sourire toujours aussi éclatant. Au loin, la tête désarticulée de Cabossiora semble dire merde au reste de son corps. Morte, tuée facilement par la créature. Je reste au moment interdite tandis que Noda Wae est toujours sous le coup de ma formule. Je prends ses cheveux et je l’assomme puis je récupère mon matos, autant que je peux. Il ne reste que nous dans l’entrepôt, tous les autres sont morts. Qu’est-ce que j’ai gagné moi dans tout ça ? Je me le demande franchement...Caramel ne perd pas trop de temps et prend un énorme sac qui doit faire sa taille et embarque les lingots d’essences de vie. Il laisse les parts convenues selon le Collectionneur et lui-même, et m’invite à partir. Je sors et je vois les chiens mercenaires de Regalia qui nous fixent. Qui me fixent. Je suis couverte de sang et de suie dégueulasse, des blessures ouvertes, minimes mais quand même impressionnantes. Je prends une deuxième cape blanche, que j’ai prévu au cas où, ça cache un peu la baston qui vient d’avoir lieu. Je monte dans la Bugatti avec Caramel qui se met sur la plage arrière et qui remue la tête quand le chauffeur tourne. On retourne sur Kazinopolis, j’ai demandé à ce qu’on nous dépose dans le principal palace tenu par le Patron, plutôt tranquille et bien fréquenté. Dans le hall les employés écarquillent les yeux en me voyant, les cheveux rouges de sang et le visage tuméfié, mais on finit par me reconnaître, et reconnaître Caramel, et on nous laisse passer. On nous prévient qu’une réunion entre Seigneurs a lieu et je repère quelqu’un juste au son.


- Mais je vous dis que je suis le dernier frère de la Guerre ! Bon techniquement je ne suis pas Seigneur mais Prince, mais c’est kif kif espèce de connard ! Putain vous refusez un Mayor mais comment j’hallucine grave ! Ah ça pour les putes vous êtes forts, mais pour recevoir le gratin de Dreamland y’a plus personne dans vot’ taudis ! Tas de cons j’reviendrai tout cramer ici un jour, ça va tataner pour vos gueules les connards !
- Mais c’est qui, lui ? Ah mais attends, c’est Diavolo Mayor...je te laisse je vais essayer de le raisonner.


Caramel me laisse toute seule dans le hall et je vais vers les ascenseurs pour rejoindre ma suite. Les portes s’ouvrent et je croise, face à face, Lili-Anna accompagnée par une créature qui doit l’escorte. Elle ouvre les yeux en grand, puis se reprend. Je dois dire qu’après cette nuit de merde, ça reste une nuit de merde. Déjà que j’ai les boules, si en plus j’apparais en sang devant elle, c’est vraiment trop. Mais tant pis, foutue pour foutue je rentre dans l’ascenseur tandis que son garde du corps me zieute complètement interloqué. Lili-Anna, fidèle à elle-même, me demande.


- Vous allez à quel étage ?
- Le même que le vôtre, je pense.




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Joy Killamanjiro
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Re: All the world is green [Solo | la Famille] Dim 3 Fév - 13:44

ÉPILOGUE





Quelques nuits plus tard.
Je suis dans un grand salon qui a vue sur toute la ville. J’attends, un verre de Gin raffiné du Royaume des Glaces à la main, en train de fumer ma lubie du moment, des clopes d’Aquarya. On m’a appelée sans doute pour débriefer du beau bordel avec Caramel, Regalia et les asiatiques. Je sais que Noda Wae n’est pas mort, mais il en a gros sur la patate le pauvre gars. Jock a parlé de tout ça avec des mafieux de ses connaissances, et selon lui le Patron me soutient toujours malgré l’insistance de son homologue, le supérieur de Noda, qui a demandé ma tête pour haute trahison. C’est vrai que les Traders et Caramel n’ont rien trahi, hein...y’a vraiment deux poids deux mesures dans l’organisation, c’est comme ça. Jock m’a aussi dit que j’étais sauvée, mais on va m’envoyer dans une nouvelle mission assez importante, vers Rokhan, selon ses dires. Un truc à apporter à Maghiore. Bon.

On fait entrer le Patron, je repose mon verre et j’éteins la clope. Golde a l’air d’être de bonne humeur, pas inquiet pour deux sous, comme à son habitude.


- Alors Dantès, te voilà. Parfait, il faut qu’on parle d’un truc important tous les deux.



L’introduction sent mauvais, mais ai-je vraiment le choix. Qu’importe où je serai, j’ai encore ses morsures et ses baisers partout en moi, sur moi, dans ma mémoire. Je peux maintenant connaître l’heure de ma mort, je l’accepte. J’accepte aussi ma défaite, je n’ai plus mon obsession qui tourne dans ma tête. Qu’importe où je serai, maintenant le monde entier est sous ma formule, oui...tout ce monde est vert.



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